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After Napoleon III seized power in 1851, French writer Victor Marie Hugo went into exile and in 1870 returned to France; his novels include The Hunchback of Notre Dame (1831) and Les Misérables (1862).
This poet, playwright, novelist, dramatist, essayist, visual artist, statesman, and perhaps the most influential, important exponent of the Romantic movement in France, campaigned for human rights. People in France regard him as one of greatest poets of that country and know him better abroad.
On connaît surtout les drames romantiques de la jeunesse de Victor Hugo, un peu aussi le "Théâtre en liberté" plus tardif ; "Torquemada", écrit à Guernesey, conservé dans un tiroir, publié dans les années 1880 en réaction aux pogromes de Pologne, est une sorte d'OVNI éloigné de toute série. Hugo semble y renouer avec sa grande manière de jadis : un sujet historique, l'Espagne, des alexandrins qui claquent... c'est plus compliqué. Nous sommes à la fin du XVe siècle ; l'Espagne est gouvernée par Ferdinand et Isabelle, très catholiques souverains ; mais Hugo montre la domination d'une orthodoxie plutôt pépère qui voit d'un très mauvais oeil le fanatisme d'un dominicain, Torquemada, que l'on finit par condamner à la réclusion définitive (à mort, en somme). Sauvé par deux jeunes gens que l'on fait grandir incognito au couvent pour raisons politiques, Torquemada quitte l'Espagne et va demander l'approbation du Pape pour son projet de réforme de l'Inquisition. Ce qu'il veut, ce sont des bûchers, beaucoup de bûchers. Ce qu'il veut, c'est sauver les gens malgré eux. On pourrait, on devrait protester. Hugo, comme souvent, en fait trop, pousse les contrastes au maximum. On pourrait craindre le manichéisme (les gentils infants contre le méchant inquisiteur). Mais c'est là qu'il nous surprend. Pour son Torquemada les autodafés ne sont même pas un moyen de faire triompher la vraie foi, ils sont un but. Il veut brûler les hérétiques et les Juifs pour que le supplice sauve leur âme. Bref il se fait leur bourreau par amour. Cela n'aurait aucun sens, si Hugo ne le peignait, sans disposer à son époque des concepts cliniques qui lui permettraient d'utiliser des étiquettes, comme un véritable psychotique : il incarne le fanatisme comme maladie mentale. Cela permet au dramaturge de le montrer absolument convaincu, absolument sincère, absolument incorruptible. Il fait le mal, il le sait, mais il le prend pour le bien : dès lors sa conscience est inattaquable. Echaudé par l'échec des "Burgraves", et devenu beaucoup plus partisan d'un théâtre fait pour la lecture qu'un Musset, qui n'adopta cette posture que provisoirement et par dépit juvénile, Hugo en prend largement à son aise avec les conventions théâtrales. Certaines didascalies requièrent des moyens absolument considérables pour toute mise en scène au premier degré, ainsi qu'une singulière acuité visuelle des spectateurs (je pense à une extraordinaire description de supplices que l'on est censé contempler par la fenêtre). La pièce fait cinq actes, mais répartis en deux parties dans un rythme totalement déséquilibré : un très court deuxième acte, qui suspend l'action, fait suite au premier, qui est très long, alors que la deuxième partie propose un rythme plus classique, menant à un dénouement foudroyant et en grande partie sous-entendu, avec une dimension visuelle qui annonce la capacité allusive du cinéma. Dans ce cadre étonnant, l'action avance à toute vitesse, au profit de longues pauses délibératives où le personnage de Torquemada s'impose dans toute sa complexité monstrueuse. Hugo me paraît - dans la mesure où je comprends ces choses - brosser un tableau extraordinaire de la paranoïa, avec sa promptitude à revêtir une dimension idéologique, et la mégalomanie qui l'accompagne (Torquemada voit aussi bien le roi que le pape comme de vagues pions dans une lutte où son seul égal est Satan, et son seul supérieur, Dieu). La pièce est en alexandrins, et comme à la lecture de "L'Art d'être grand-père" j'ai l'impression qu'entre ce mètre et Hugo c'est une histoire extrêmement personnelle d'amour vache. Le poète ne craint pas la rime pour l'oeil (la pièce fera sans doute rire ceux qui parlent espagnol) et se permet absolument tout dans le rythme interne au vers. A le lire on est toujours surpris, souvent ravi.