La thèse soutenue tout au long de ce livre a le charme de dénoncer quelque chose d’excessif en étant tout autant excessive dans sa critique. À savoir, l’idée selon laquelle il n’y a aucune différence entre les hommes et les femmes en prétendant qu’il s’agit là d’une position largement admise et agressivement défendue par la société. Avec un postulat de départ aussi faussé, on ne peut que s’attendre à ce que la suite soit consternante. On est pas déçu.
Si l’idée qu’il existe des différences entre les hommes et les femmes qui sont liées au fait que l’Homme est un animal comme les autres avec une pulsion de reproduction, ce qui explique certains comportements innés, n’est pas inintéressante ni, contrairement à ce que l’auteure aimerait croire, si sulfureuse que cela, elle la défend de façon tellement bancale qu’on pourrait croire qu’il s’agit là d’une satire. Elle s’appuie pour ce faire sur sa propre expérience et sur des écrits autobiographiques d’écrivaines reconnues, entrecoupé d’arguments péremptoires dont la démonstration ne semble pas être suffisamment importante pour qu’elle s’y abaisse. Outre le fait que les évidences anecdotiques ne sont pas des preuves et que corrélation n’est pas causalité, on pourrait arguer, de plus, que ceux qui se livrent à l’exercice narcissique de l’autobiographie sont ceux qui ont des choses, espérons-le, sortant de l’ordinaire à écrire. Aussi, leurs expériences et la façon dont elles l’ont vécu ne peut nullement s’appliquer à toutes les femmes. Mais s’il fallait démonter un à un chaque argument avancé par Nancy Huston, on se trouverait rapidement à répéter les mêmes choses, tant ce livre tourne en rond.
Essai schizophrénique dans lequel tantôt la nature tantôt la culture explique le comportement masculin agressif, suivant ce qui sert l’auteure, tant que cela permet de le justifier.
Les femmes y sont perpétuelles victimes, et même instigatrices des violences qu’elles subissent car bloquées dans quelques traumatismes d’enfances. Elles sont objectifiées de façon délirante par l’auteure pour satisfaire à quelconque désir masochiste.
Essai prétentieux dans lequel les faits sont ignorés ou distordus au profit du biais de confirmation. Pour illustrer l’idée selon laquelle Hollywood n’aimait pas que les actrices tombent enceintes parce qu’elles devenaient alors la propriété d’un seul au lieu d’être la propriété de tous (ce qui en soi, est déjà une bien belle chose à lire), elle utilise le cas de Claudia Cardinale. Mère jeune, sous la pression de ses producteurs elle décide de confier sa fille à sa mère qui, jusqu’à sa mort, fera passer sa petite fille pour sa fille. En vérité, devenue mère après un viol, Claudia Cardinale fait effectivement passer son fils pour frère pendant quelques années avant de révéler la vérité à une journaliste, son fils étant adopté plus tard par son mari. Les faits, on l'aura compris, sont des éléments négligeables.
Essai paresseux qui s’enfonce avec joie dans la bêtise. « La femme ne jouit que si elle aime », « la femme recherche le père dans toutes ses relations », « le masochisme n’existe pas, ce n’est qu’une soumission à la figure du père, qui est forcément abusive », « même si on lui demande explicitement son consentement, la femme est forcément victime de ce qu’on lui fait » (je paraphrase, mais pas tant que cela), « si vous soutenez le droit des femmes à se prostituer, envoyez-y votre fille ». Convainquant.
Essai d’une malhonnêteté intellectuelle indécente, où tout est bon pour dire que tout est inné, normal, passez votre chemin. Tentative dans une école de ne pas inconsciemment influencer les enfants dans la reproduction de comportement genré ? « Une étude d’une sociologue démontre que ça ne marche pas ! » Nous assène Nancy Huston. C’est sûr que les enfants n’existent qu’à l’école, que des comportements influencés par la société peuvent se changer en un claquement de doigt et que le but ultime ce n’est pas de laisser un choix à l’enfant mais de ne forcer dans une identité unisexe.
Essai qui s’enorgueillit d’une bibliographie impressionnante (d’ailleurs j’ai lu certains des livres, on en a pas tiré les mêmes conclusions) mais qui échoue pourtant à démontrer la capacité de recherche et de compréhension. Par exemple,l'auteure évoque avec un ami le nu masculin dans l'antiquité. Les statues du monde antiques représentant des hommes ont toujours un sexe plus petit que la réalité, et s’il n’est pas interdit de recueillir l’avis d’un ami artiste sur le sujet (« le corps masculin est moins beau, son gros sexe rompt l’équilibre ») il n’est pas non plus interdit de mettre ça en perspective. Dans l’iconographie antique, le sexe masculin était petit car c’était le signe de l’homme civilisé en opposition avec le sexe démesuré des satyres. C’est une représentation artistique. Tout comme les statues ont toutes le pied grec alors qu’une minorité de gens ont cette spécificité anatomique. Mais Nancy Huston n’aime pas, ne croit pas, en ce qui ne soutient pas son opinion.
Mention spéciale à l’incapacité de l’auteure à comprendre ce que le français a traduit malhabilement par « théorie du genre » (spoiler, ce n’est pas ce qu’elle avance) et la publication de courriers qu’elle a reçus, exclusivement, évidemment, en accord avec elle. Petit moment masturbatoire et exhibitionniste.
Un livre d’une tristesse effarante et qui semble se substituer à une thérapie pour son auteure.