À partir de 1955, peu après le périple qui l'a mené de Genève à Ceylan, Nicolas Bouvier effectue de longs séjours au Japon. Il figure alors parmi les tout premiers "vagabonds" à parcourir à pied ce pays encore méconnu en Europe. Il en ramènera la matière d'un de ses livres les plus célèbres : Chronique japonaise. C'est à Tokyo que l'écrivain devient photographe. "Pour survivre", explique-t-il, il s'essaie au portrait de ses voisins de quartier : vendeur de parapluie, marchande de soupe ou maquerelle... Mais l'écrivain se prend vite au jeu et, lors de ses pérégrinations à travers l'archipel, il s'intéresse à tous les sujets d'une culture populaire qu'il découvre au fur et à mesure qu'il la photographie : la vie des saltimbanques, l'enseignement du sumo, les enseignes peintes, les lanternes, les épouvantails ou les paysages qui "ont toujours l'air d'avoir été arrangés par un antiquaire". Le Japon de Nicolas Bouvier est un pays pauvre d'avant le miracle économique, un monde clos dont les caractéristiques les plus frappantes sont la lenteur, la frugalité, le silence, tout ce qu'apprécie le voyageur : "Dans ce peu qui me ressemble je me sens chez moi, je m'y retrouve." Ce recueil d'images et de textes inédits révèle un grand photographe, portraitiste sensible qui découvre qu'il pourrait consacrer sa vie aux visages des autres, attendre d'y voir monter les émotions réprimées, de les voir se remplir "comme une chambre vide que l'on meublerait en hâte pour un hôte inattendu". Il témoigne d'une rencontre décisive et émerveillée : celle d'un auteur avec un pays qui l'inspire comme aucun autre.
Nicolas Bouvier (1929-1998) was a Swiss writer and photographer.
His travels all over the world incited him to recount his experiences and adventures. His work is marked by a commitment to report what he sees and feels, shorn of any pretence of omniscience, leading often to an intimacy bordering on the mystical. His journey from Geneva to Japan was in many ways prescient of the great eastward wave of hippies that occurred in the sixties and seventies - slow, meandering progress in a small, iconic car, carefully guarded idiosyncrasy, a rite of passage. Yet, it differs in that the travelogues this journey inspired contain deep reflections on man's intimate nature, written in a style very much aware and appreciative of the traditions and possibilities of the language he uses. (He wrote mainly in French, though he does mention writing a series of travel articles in English for a local journal during his stay in Ceylon.)
His most famous books are The Way of the World, The Japanese Chronicles, and The Scorpion Fish.
Plein d'humour et de références culturelles, ce livre de photographies nous emmène dans le Japon populaire des années 50-70, un pays bien ancré dans ses traditions. Un bon complément en images à son ouvrage "Chronique japonaise"."
Je suis tombée en arrêt devant ce magnifique passage : " Trop de gens attendent tout du voyage sans s'être jamais souciés de ce que le voyage attend d'eux. Ils souhaitent que le dépaysement les guérisse d'insuffisances qui ne sont pas nationales, mais humaines, et l'ivresse des premières semaines, où tout étant nouveau vous avez l'impression de l'être vous-même, leur donne l'impression passagère qu'ils ont été exaucés. Puis quand le moi dont ils voulaient discrètement se défaire dans la gare du départ ou dans le premier port les retrouve au détour d'un paysage étranger, ce moi morose et solitaire auquel on pensait avoir réglé son compte, ils en rendent responsable le pays où ils ont choisi de vivre. Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. C'est une règle vieille comme le monde. Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer. Le reste c'est du patinage ou du tourisme."