« Sous le couvert d’écrire « à l’intention des jeunes filles », Carole David prend acte de la sensibilité de notre époque et développe une esthétique qui lui convient parfaitement : laisser tomber la profondeur souvent plus absconse que profonde des images poétiques pour ne garder que le détail qui en permet l’indexation rapide : Anne Hébert et ses os, Mary Shelley et son monstre, Jeanne d’Arc et le bûcher, etc. Mais ces référents ne sont simplifiés que pour permettre l'exploration d'un espace plus vaste de l’expérience féminine actuelle que développe chaque partie du recueil : détailler les couches stratifiées de son histoire (« Les pieuses domestiques » et « Icônes »), la richesse de sa sensibilité (« Études), de même que les contradictions idéologiques et les tensions que notre époque n’arrive pas à dépasser mais qui font sa richesse (« Kitchen song »). »
Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle
« […] je voulais que les filles se reposent entre deux poèmes. » - Carole David
Son œuvre se passe de présentation, mais laissez-moi le bonheur d’y ajouter quelques mots encore. Ce livre témoigne très justement d’une force admirable de David : celle de puiser dans un classicisme formel tout en tordant joyeusement le bras à l’espace domestique pour créer une narrativité féminine et féministe, des poésies contemporaines vivantes, lumineuses. Manuel de poétique à l’intention des jeunes filles célèbre les figures mythiques et tutélaires penchées sur le berceau des petites filles. À avoir dans sa bibliothèque
La poète a raison : je lis sans comprendre, un exercice humiliant qui me rappelle les ébats d’une femme, les chevilles attachées aux poignets/(comment écrire à quatre pattes?);/seulement la langue dans l’exiguïté de la pièce. A. refait surface, crayons dans la bouche; elle me demande de les tailler.
Faire de la poésie à partir de femmes qui ont fait l'Histoire ? Excellente idée ! Hélas, je crois que j'aurais mieux compris les vers si j'avais de meilleures connaissances sur les principaux sujets (me semble que je dis souvent ça pour la poésie 🤔) et donc, j'aurais probablement apprécié davantage la première partie. Dans tous les cas, ma favorite était la dernière (Kitchen Song). En voici un extrait:
"Qui peut prétendre à la vérité quand on est soi-même happé par le temps et la nécessité de s'en tenir à la posologie inscrite sur la boîte de bougies d'allumage?"
"parce qu'entre ma voix écrite et ma voix réelle, il y a le dragon de soi. Ai-je écrit trop haut ou trop bas ? Ai-je imité la voix de mes maîtres ?"
"Minuit pleine de rage, je parcours les allées du marché. Il n'y a ni carrosse, ni citrouille, ni cow-boys sur leurs grands chevaux pour me redonner vie (Sam Shepard a disparu)."
"si vous restez debout dans le poème, vous entendrez les pleurs, le murmure"
"Quand les meubles de la chambre crient, il faut écrire. Est-ce une affaire d'images ou de bruits si les draps nous bâillonnent ? Est-ce une affaire de sexe quand je mets ma langue sur les phonèmes et qu'ils râlent ? La commode, la coiffeuse, la cage sont mes seuls repères dans cette histoire de la poésie. J'insiste sur ce qui est faux pour faire à ma tête. Le terrain est miné, j'en conviens."
Après une deuxième lecture et quelques recherches, je peux dire que cette oeuvre est magnifique. Les allusions aux écrivain•es mentionné•es, la profondeur des poèmes, tout tout tout!!!! J’ai adoré spécialement Spacca la melagrana de Jolanda Insana…. Et celui de Jeanne D’Arc, wow émouvant.
Un recueil lu pour un cours de français de cégep. Bons commentaires sur la vie de plusieurs femmes célèbres et sur ce que ça veut dire d’être une femme, une mère, une artiste, dans un monde qui ne les reconnaît pas et qui ne porte pas attention à tous le travail requis pour être toutes ces choses. Les poèmes sont très beaux, mais demandent beaucoup de contexte et de recherche pour comprendre, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit. Je n’ai juste jamais particulièrement aimé la poésie qui est plus complexe à comprendre et qui nécessite une analyse profonde de chaque strophe, chaque vers et chaque mot. En réalité, j’aime devoir analyser et trouver les figures de style et la signification des petites parties de chaque poème, mais je n’aime pas avoir à faire de la recherche, quoique apprendre de nouvelles choses sur des femmes pionnières en poésie et en écriture est plutôt cool. Je suis indécise sur mes sentiments sur les poèmes en soit, parce que je les ai seulement analysés autant que ma professeure le demandait, et nous avons seulement travaillé sur la première partie. Je crois que David est une super poète, mais je n’ai pas vraiment d’intérêt ——au-dessus de celui obligatoire que mon cours m’exige—— à analyser les poèmes plus en profondeur, ce qui est probablement stupide de ma part. Les poèmes m’ont aussi largement laissés indifférente.
Beaucoup aimé la dernière section (représentation de la vie domestique, avec des effets de défamiliarisation)
Mais un problème avec l'esthétisation des violences contre les femmes (figure de la martyr) Certes ces violences existent mais leur association automatique avec la figure de la femme de lettre me semble réductrice
Hommage à des figures de la poésie marquantes, surtout femmes. Garder son téléphone à proximité pour aller à leur rencontre aide à la compréhension générale de ces beaux poèmes :) J’ai particulièrement aimé « Jeanne d’Arc ».
Quoique Manuel de poétique à l’intention des jeunes filles de Carole David soit un recueil de poésie féministe, le propos et l’écriture n’en est pas radicale/agressive, si bien que les hommes comme les femmes peuvent le lire. De plus, il ne s'agit pas d'une poésie complètement opaque, ce qui en fait une bonne initiation au genre. Vous ne ressortirez pas de votre lecture avec l’impression de n’avoir rien compris.
Entre autres, Carole David se livre à un exercice d'admiration dans « Les pieuses domestiques », esquissant le portrait de grandes femmes non parfaites, et fait de la cuisine, symbole de la domestication des femmes, un lieu de combat dans « Kitchen Song ».
J'ai beaucoup apprécié, mais en termes de féminisme, je préfère les positions plus radicales, plus agressives, au niveau esthétique, comme le font par exemple France Théoret dans Bloody Mary [review] ou Virginie Despentes dans King Kong Théorie [review].