Ouf...
J'ai été presque incapable de lâcher ce récit. (Il faut se rendre à l'évidence, dormir, c'est pas juste pour les faibles.) Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que ce n'est pas l'action qui transforme Folle en véritable page-turner, l'action n'est pas importante, et puis je savais ce qui arrivait. C'est le style. Moi qui avait lu Putain et qui avait trouvé ça «correct», j'ai été déstabilisée par la grande classe du style de Nelly Arcan.
Oui, c'est un récit sur une histoire d'amour/de sexe qui finit mal, sur une fille qui a juré à 15 ans qu'elle se suiciderait à 30 ans. Ça parle de pornographie, de drogues, d'afterhours, bref, de sujets pas tant nobles. Et c'est bien la preuve qu'en littérature, on peut parler de n'importe quoi tant qu'on en parle bien. Tant que le style accroche, les gens aussi.
Le récit, une longue lettre en somme, est construit sur des leitmotivs. Le père astronome de l'ex, le grand-père de Nelly obsédé par Dieu, sa tante qui n'est jamais parvenue à lire l'avenir de la narratrice avec son tarot...ça peut en ennuyer plusieurs. Personnellement, je trouvais ça plutôt drôle, ça dédramatisait. Et je finissais par guetter l'anecdote sur l'un de ces trois-là.
Je ne sais pas si c'est une opinion valable ou si c'est le signe de mon propre déséquilibre mental, mais Nelly Arcan-personnage, je ne l'ai pas trouvée folle. Amoureuse, oui. Désespérée, oui. Cynique, oui. Mais folle? C'est tellement facile de la suivre dans son tourbillon, tellement facile de la comprendre. Et que dire de ses magnifiques réflexions sur la littérature, qui sont aussi les miennes? J'ai adoré qu'elle parle de Putain , de comment le fait de devenir un «auteur publié» change la donne. Avoir du succès avec son premier roman, ça met une pression incroyable. Les gens attendent beaucoup du second, il ne faut pas décevoir.
Nelly, tu sais quoi? T'as gagné ton pari. Ton deuxième livre, il est meilleur que le premier.
J'aurais aimé pouvoir te le dire.
J'aurais fait la file au Salon du livre juste pour ça.