Ce volume contient l'ensemble de l' uvre romanesque de Marguerite Yourcenar, plus une chronologie. Dans un avant- propos, l'auteur explique la composition de l'ouvrage : «On trouvera dans ce volume ceux de mes ouvrages qui rentrent plus ou moins dans la catégorie du roman, de la nouvelle ou du conte, catégorie devenue si vaste de nos jours qu'elle échappe de plus en plus aux définitions. C'est ce qui a permis de placer ici Feux, considéré comme une série de récits entremêlés de "pensées", encore que l'appellation de poèmes en prose eût également convenu. L'ordre dans lequel les textes sont ici présentés n'est qu'à demi chronologique. Dans le présent volume, on a choisi de placer en tête trois ouvrages d'avant 1939, représentatifs, avec des nuances variées, des deux premières manières de l'écrivain, d'une part Alexis et Le Coup de grâce, très proche de la sobriété du récit classique, et de l'autre Denier du rêve, marqué par un intense expressionnisme, que le remaniement subi par ce dernier roman vers 1957 n'a pas diminué. Viennent ensuite les uvres dont la composition m'aura occupée, de façon d'ailleurs intermittente, durant une bonne partie de ma vie, Mémoires d'Hadrien, L' uvre au noir et les trois nouvelles de Comme l'eau qui coule. Les deux recueils, Feux - bien que ses récits, tous des années 1935-1937, soient d'une inspiration très proche de celle de Denier de rêve - et Nouvelles orientales, fait d'une série de contes de dates très diverses, ont été placés à la fin du livre.»
Marguerite Yourcenar, original name Marguerite de Crayencour, was a french novelist, essayist, poet and short-story writer who became the first woman to be elected to the Académie Française (French Academy), an exclusive literary institution with a membership limited to 40. She became a naturalized U.S. citizen in 1947. The name “Yourcenar” is an imperfect anagram of her original name, “Crayencour.”
Yourcenar’s literary works are notable for their rigorously classical style, their erudition, and their psychological subtlety. In her most important books she re-creates past eras and personages, meditating thereby on human destiny, morality, and power. Her masterpiece is Mémoires d'Hadrien, a historical novel constituting the fictionalized memoirs of that 2nd-century Roman emperor. Her works were translated by the American Grace Frick, Yourcenar’s secretary and life companion. Yourcenar was also a literary critic and translator.
While thinking of Yourcenar I remembered of her first novel "Alexis or the treaty of the vain combat." I read it again and I find that it was singularly courageous to have written this book in 1929. That is thus this vain combat? Alexis is a young aristocrat (like Yourcenar) and a brilliant musician. He is married and had a young child.He decides to leave them because he does not want to fight any more against his nature, even if his inclinations are condemnable. He takes again his freedom. To give up the vain combat is not a defeat because it is a victory against himself.It is like an obviousness. And it is there that this novel takes a universal range which goes beyond homosexuality. It is an ode with the freedom and the realization of oneself.
Lire Marguerite Yourcenar, c’est affronter un esprit. Un esprit pragmatique qu'on devine sous l’air caustique et musical d’une âme qui travaille avec ce qu’elle a extirpé, acéré hors d’elle même. Les caractères d’imprimeries forment une image; cette image est presque un portrait. La voix est sèche. Elle est fine, elle énonce avec conviction. C’est un fil. C’est une tangibilité.
Lassante, parfois. On se sent amené, férocement guidé. Il ne s’agirait pas de sortir des espaces délimités. Rien, dans cette littérature, n’évoque la promenade.
Pour autant, le miracle de Marguerite Yourcenar aura peut être d’abord été de faire résonner le sérieux, l’austère jusqu’à créer l’illusion rhétorique. On s’adonne au plaisir de l’impression fugace d’avoir pénétré un amphithéâtre, un cours d’université, quelque lieu de savoir dans lequel nous sommes tolérés. Cet esprit est grand. Il ne nous parle pas. Il est pourtant si éloquent, si frappant de singularité que, même sous le déguisement du texte, nous croyons l’entendre.
Marguerite, sévère Marguerite, je crois vous entendre. C’est votre voix que je cherche dans vos essais et vos préfaces. Ce fantôme me fascine même lorsqu’il échoue à convaincre.
Car lire Marguerite Yourcenar, c’est aussi, parfois, observer l’alchimie. Ressentir un changement insoluble. L’écrit file avec élégance alors même qu’il provoque et ordonne l’inattendu. L’esprit de Marguerite Yourcenar, l’image que nous nous en faisons, est imprenable. Il est final. Tout est dit avec la force de la trouvaille : aucune virgule ne saurait être supprimée. L’édifice textuel est de pierre et s’élève d’une force mécanique. Ceci est un cours. Ceci est une leçon. Nul besoin de prendre des notes, nul besoin d’essayer d’imiter : la création yourcenarienne est un paradoxe en acte. Sa perfection formelle, la rigidité structurelle qui la compose en annonce toute l’intimité. D’ailleurs, cette beauté fugitive ne semble pas même surprendre la fine construction de mots qui la conditionne. Celle-ci, imperturbable de régularité, s’étend jusqu'à sa finalité prévue, virtuose et artificielle. L’édifice se suspend seul. Il ne s’étonne pas de sa propre hauteur. Son esthétisme n’est pas sa finalité. Il est gratuit. Il est sérieux. Il cherche à se poursuivre. Souvent, il est beau. Parfois, il défie toute description.
De cette voix académique, de ces mots passés au crible d’un regard qui ne pardonnait pas le moindre bafouillement, s’élève ponctuellement un incroyable chant. Un chant lyrique, un chant inventé, taillé du rêve. Le désir impossible de prendre le passé à pleine main et de le ramener, d’animer les statues, de garnir les arbres millénaires des fruits de leurs première jeunesses. L’édifice du texte en devient terrible. Il est motivé ; il souffle sur des poussières pour les raviver.
Parallèlement à cette voix de professeure et de lettrée quelque peu âpre, une présence charnelle, sensorielle se fait ainsi ressentir. Elle résonne furieusement. Sa terrible mélancolie occupe l’espace et fait enfler la phrase de visions, d’images de mondes perdus, de beautés antiques, bucoliques et sauvages. L’écriture est une incantation et la grande dame au regard acéré, l’âme hantée anime alors de langoureux voyages. Le cours d’université devient un périple dans le temps. D’une main fébrile, on s’aperçoit que la pierre du texte est érigée. Les mots ne sont plus noirs d’encre, ils forment la houle, l’écume même qui nous pousse en avant. Sous leur poids, on sent se former l’image vivante de l’Adriatique et des cyprès noyés dans un bleu nocturne. Nous y sommes. Soudainement, cela est vrai. Soudainement, tout cela nous manque.
La littérature comme seule intention de l’écrivain, tous ses clichés et modes de pensées sur le fait d’écrire sembleraient presque se justifier. Le texte, par détours, est comme ivre d’une sensualité qui nous frappe. On aperçoit un corps.
Ce miracle de voix chaude et lyrique habitant le texte est un miracle humain. Un son qui attaque pour laisser une trace, une marque de cette fulgurante et douloureuse nostalgie qui était, j’en suis persuadée, la sienne.
Tout geste littéraire, sincère et talentueux, a pour vocation d'être une sorte de contagion. Marguerite Yourcenar, écrivaine modèle, dévorée de langueur pour des mondes disparus, publiait des pestes comme par inadvertence.
Come chiunque altro, io non dispongo che di tre mezzi per valutare l'esistenza umana: lo studio di se stessi e' il metodo piu' difficile, il piu' insidioso, ma anche il piu' fecondo; l'osservazione degli uomini, i quali nella maggior parte dei casi s'adoperano per nasconderci i loro segreti o per farci credere di averne; e i libri, con i caratteristici errori di prospettiva che sorgono tra le righe. (p. 317)
Quando tutti i calcoli astrusi si dimostrano falsi, quando persino i filosofi non hanno piu' nulla da dirci, e' scusabile volgerci verso il cicaleccio fortuito degli uccelli, o verso il contrappeso remoto degli astri. (p. 321)
Il vero luogo natio e' quello dove per la prima volta si e' posato uno sguardo consapevole su se stessi: la mia prima patria sono stati i libri. (p. 325)
... volevo trovare la cerniera ove la nostra volonta' s'articola al destino; ove la disciplina, anziche' frenarla, asseconda la natura. (p. 334)
Adriano: ... aver ragione troppo presto equivale ad aver torto. (p. 369)
Animula, vagula, blandula Hospes comesque corporis Quae nunc abidis in loca Pallidula, rigida, nudula, Nec, ut soles, dabis iocos.
Little soul, roamer and charmer Body' guest and companion Who soon will depart to places Darkish, chilly and misty An end to all your jokes.