Avant la pensée, il y a les sens. Dire avec Descartes « Je pense, donc je suis », c’est omettre l’immersion sensorielle de l’homme au sein du monde. « Je sens, donc je suis » est une autre manière de poser que la condition humaine n’est pas toute spirituelle, mais d’abord corporelle. Les perceptions sensorielles enchevêtrées à des significations dessinent les limites fluctuantes de l’environnement où nous vivons, elles en disent l’étendue et la saveur. Le monde de l’homme est un monde de la chair, une construction née de sa sensorialité passée au crible de sa condition sociale et culturelle, de son histoire personnelle, de son attention à son milieu. L’anthropologie des sens repose sur l’idée que les perceptions sensorielles ne relèvent pas seulement d’une physiologie, mais d’abord d’une orientation culturelle laissant une marge à la sensibilité individuelle. Cet ouvrage cherche à déterminer comment la structuration de l’expérience sensorielle varie d’une culture à l’autre selon la signification et l’importance relative attachées à chacun des sens. Elle cherche aussi à retracer l’influence de ces variations sur les formes d’organisation sociale, les conceptions du moi et du cosmos, sur la régulation des émotions. Dans cette recherche ambitieuse, David Le Breton met en perspective et analyse l’ensemble de la littérature sur les sens et leur interprétation.