Que faire quand on a vingt-huit ans, beaucoup d'imagination, qu'on s'appelle Amélie Tremblay, qu'on est un brin cynique, un peu cinglée, plutôt fantasque, pas mal délurée, assez tordue, franchement irrévérencieuse, et qu'on se donne pour défi d'améliorer sa vie, et ce, avant la trentaine ? En compagnie de ses amis, à la fois source de force, d'inspiration et de problèmes, face à une patronne-vampire abusive, à des parents protecteurs, et en proie à des relations fort houleuses avec la gent masculine, Amélie cherche à faire sa place. (Extrait de la 4e de couverture)
Amélie, l'héroïne de ce roman, est-elle cynique ? Naïve, oui, mais pas cynique. Cinglée, alors ? Impulsive, oui, certainement pas cinglée. Délurée ? Moins que sœur Angèle, si on veut mon avis. Jugez un peu sa réaction lorsqu'elle jette un coup d'œil sur la bibliothèque d'un copain : « Un livre me saute aux yeux. Comment faire jouir votre femme comme une folle. Je recule brusquement, comme si j'avais été brûlée vive et je me retiens de ne pas pousser un cri ». Tordue et irrévérencieuse ? Disons plutôt, franchement gourde et idiote.
L'auteure elle-même n'est pas dupe du personnage qu'elle a créé. En effet, ce lecteur-ci a eu comme un malaise vers la fin du roman, alors qu'Amélie se roule dans la fange de l'auto-admonestation et bat sa coulpe avec acharnement – il n'y a pas une page dans les soixante dernières menant à la résolution finale où l'héroïne ne s'accuse pas d'être gourde, idiote et, de façon générale, sans dessein.
Le roman met donc en scène une gourde extrêmement caricaturale pour laquelle, au bout du compte, je n'ai eu que peu de sympathie. Amélie est une girouette sans consistance, mise au monde pour se mettre les pieds dans les plats et se faire généralement humilier par ses pairs. L'auteure beurre épais.
Pire, elle se répète. J'ai rigolé à quelques reprises face aux réactions d'Amélie, surtout au début avant que l'effet de répétitions ne vienne gâcher la sauce. Mais la rigolade s'est rapidement transformée en ricanement, et en exaspération devant cette accumulation de sottises. L'auteure utilise TOUJOURS la même recette pour créer des situations qu'elle voudrait drolatiques, amusantes ou embarrassantes. Après 100 pages, ce lecteur-ci a commencé à ressentir une certaine lassitude, voire une lassitude certaine – et le roman pèse 444 pages !
Si l'arc du roman repose tout entier sur le désir éperdu d'Amélie de se trouver un Prince Charmant et de faire un beau mariage, l'auteure a jugé bon d'incorporer deux intrigues mineures afin de donner du nerf à l'histoire et la diversifier un petit peu.
La première de ces sous-intrigues est d'ordre journalistique et place Amélie devant les dilemmes usuels qui se présente à n'importe quel journaliste, à savoir jusqu'où aller pour poursuivre un bon scoop ? Mettre sa vie en danger ? Menacer les emplois de ses collègues ? Ça aurait pu être intéressant et donner de la profondeur au personnage. Hélas, pour croire à ce qui nous est révélé et à la manière que cette révélation se produit, il faut suspendre sa crédulité au vestiaire et mettre son cerveau à off. Sérieux. Disons que le désarroi d'Amélie est loufoque et imbécile.
L'autre sous-intrigue, la vente du magazine où travaille l'héroïne à son principal concurrent géré par sa pire ennemie depuis le secondaire, disons (charitablement) qu'elle ne sert qu'à étirer la sauce et qu'un éditeur professionnel aurait dû faire la sauter parce qu'elle n'apporte rien, mais rien de rien, ni au roman ni aux personnages. D'ailleurs, l'auteure s'en débarrasse assez cavalièrement, signe qu'elle-même ne croyait pas à sa valeur intrinsèque.
On aura sans doute compris que ce roman appartenant à la chick lit ne m'a pas plu. La chick lit se signale par la légèreté et l'observation humoristique des tensions entre amies de filles, travail, famille et chums de gars. Ces éléments se retrouvent tous dans ce gros roman, l'auteure connait le genre. Mais la légèreté et la finesse des observations ont été remplacé par l'ineptie et le gros trait.
Amour, chocolats et autres cochonneries a obtenu un excellent succès de librairie, semble-t-il. Même Suzanne, ma tendre et douce, a apprécié ce divertissement. Il y a eu une édition française, je crois. Et l'auteure se prépare à lancer la suite aux mêmes éditions. Assommez-moi avec un deux par quatre, car je suis incrédule !
Ah oui, dernier point, mineur mais agaçant, l'auteure est une fan finie du point d'exclamation ! Elle s'en sert pour marquer n'importe quelle émotion : joie, horreur, jubilation, entêtement, morosité, peur, crainte, nommez l'émotion il y a toujours, toujours, toujours, un point d'exclamation pour la mettre en valeur !!! Treize à la douzaine. C'est affolant pas à peu près.
2009