L'idiot du voyage, c'est le touriste. Il est, on le sait, un mauvais voyageur. C'est du moins la réputation que lui prête aujourd'hui le sens commun, en vertu d'une longue tradition de mépris. Pourtant, le touriste n'est pas si idiot. Il faut lui reconnaître, outre ses utilités évidentes (économiques, politiques et culturelles), une réelle intelligence du voyage, un univers que fonde, avec ses confins et ses déserts, ses enfers et ses paradis, une "géographie personnelle". Seulement voilà : hanté par le mythe du voyageur, le touriste n'échappe pas au mépris. Méprisant ses semblables, il se méprise lui-même. Pris au piège d'un tel paradoxe, les usages et les discours de cet explorateur s'en ressentent, faisant de lui un personnage complexe et complexé : le héros ambigu de ce livre.
Jean-Didier Urbain est né à Lille en 1951. Il est titulaire d’une maîtrise de philosophie et d’une maîtrise de linguistique. Il est docteur en anthropologie sociale et culturelle, docteur d’État ès-lettres et sciences humaines. Il publie en 1993 L'Idiot du voyage, premier opus d’essais qui font de lui une autorité sur le thème du tourisme. En 1994, il devient coordinateur (pôle Sciences sociales) de l’Inventaire de la Recherche sur le Tourisme en France, Observatoire national du tourisme. Après avoir été conseiller à la Datar et au CNL, il est, depuis 1996, expert au comité scientifique de l’Observatoire national du tourisme et, depuis 2007, membre du conseil scientifique du musée d’Anthropologie de Corse, à Corte. Depuis 2008, il est professeur de linguistique générale et de sémiologie à l’université Paris-Descartes/Sorbonne.
Le titre de cette oeuvre peut paraître trompeur : loin d'être une suite d'anecdotes touristique, il s'agit plutôt d'une riche analyse ethnographique du touriste, ce personnage méconnu de l'anthropologie. Jean-Didier Urbain souhaite d'abord et avant tout briser les idéaux-type dichotomiques du touriste et du voyageur, mythe existant pratiquement depuis la naissance même du tourisme. Il étudie l'apparition du touriste (et du tourisme) en analysant une documentation très riche composée principalement de deux médias : la publicité et la littérature.
Dans la première partie de son livre, il s'attache à souligner le parti pris anti-touristique et à le déconstruire sans toutefois nous convaincre de réhabiliter le touriste. Il nous fait habilement rendre compte de la démonisation dont est victime le touriste au profit de la glorification du voyageur. Dans la seconde section, il présente les multiples espaces et regards du touristes, lesquels sont diversifiés, chacun connotés d'aspects psychologiques différents à travers les âges. Enfin, dans la troisième partie, les bases jetées précédemment servent à reconstruire le personnage du touriste dans toute la richesse de ses contradictions, des différentes phases par lesquelles ils passe lors de son développement personnel, ses pratiques, ses contraintes, ses conséquences, etc.
Si le livre date maintenant quelque peu et gagnerait à être remis à jour, il est encore une mine de références pour qui s'intéresse au tourisme. Parfois un peu lourd, parfois un peu redondant, toujours intéressant, ce livre nous emmène pour un voyage dans l'univers du touriste, nous faisant découvrir que les clichés d'aujourd'hui ne datent pas d'hier et que l'innocence vagabonde mythique n'a jamais existé. Depuis sa naissance ou presque, le touriste est l'idiot du voyage.
Une écriture abordable mais assez lente à digérer, ce livre est une bonne introduction pour qui s'intéresse aux aspects théoriques du tourisme. Il faudra être prêt à faire preuve d'humilité et à se laisser doucement convaincre, car Urbain est très convainquant quant aux thèses qu'il soutient.