Cette lecture des crits de Jean Meslier, des notes sur Fnelon et du Mmoire qu'elles ont prpar, fonde sur le respect scrupuleux du texte considr dans ses circonstances historiques, est introduite par une analyse de la laborieuse laboration du Mmoire et se conclut par une tude de la complexe diffusion manuscrite de l'ouvrage jusqu' la Rvolution. Jean Meslier prne la destruction de la socit tyrannique leve sur le travail et la souffrance des peuples et la construction d'une rpublique dmocratique de travailleurs base sur une distinction modre des conditions et sur la proprit en commun des biens. Si les rvoltes paysannes de son temps et les grves dans les manufactures n'ont paradoxalement pas attir son attention, c'est qu'il croit que ces mouvements spontans sont condamns l'chec et ne peuvent qu'attirer de nouveaux maux aux peuples. Mme s'il ne renie pas des rformes, il juge que la nouvelle rpublique doit natre d'un acte rvolutionnaire, imprgn de violence, et cet acte n'est possible que du moment que les peuples prennent conscience de leur condition. C'est pour donner aux peuples cette conscience que Meslier a crit et fait circuler son Mmoire. Sachant que le socle o s'assied cette socit profondment ingalitaire est la religion, son ouvrage s'attaque fondamentalement sa critique et procure la ruine des motifs de crdibilit avancs par les apologistes. Au Dieu crateur et rmunrateur de la religion, qui n'est point, Meslier oppose un " systme de la formation naturelle des choses ", o l'tre ncessaire est la matire. Influenc par sa formation scolastique et par ses lectures cartsiennes, ce systme se prsente comme une troisime voie entre la philosophie traditionnelle et celle des modernes, le matrialisme athe.