Le kinubi est un créole de base arabe, parlé en Afrique de l'Est (Kenya, Ouganda, République Démocratique du Congo, Tanzanie) et apparenté à l'arabe de Juba (Soudan). Il est parlé par une communauté musulmane - les Nubi - dont les ancêtres sont venus du sud du Soudan à la fin du 19ème siècle. La présente recherche se propose de décrire le kinubi tel qu'il est parlé actuellement à Mombasa, sur la côte kenyane, en mettant l'accent d'une part sur l'originalité de ce parler par rapport à ceux de Kibera (Kenya) et de Bombo (Ouganda), et en analysant d'autre part quel a été le rôle du superstrat (arabe dialectal), du substrat (langues sud-soudanaises) et surtout de l'adstrat (kiswahili et anglais) dans sa formation. En ce qui concerne l'originalité, le kinubi de Mombasa présente une série de traits phonologiques et morphologiques qui, même s'ils sont limités à certains locuteurs, n'apparaissent pas dans les autres parlers étudiés : épenthèse et apocope moins fréquentes, survivance du duel, utilisation du pronom affixe après un nom... Par ailleurs, le kinubi de Mombasa est influencé par divers parlers, en raison des origines variées de ses locuteurs. En ce qui concerne la formation du kinubi, nous constatons que l'influence du substrat est peu visible, tandis que le superstrat a joué un rôle-clé dans le processus. Enfin, l'adstrat exerce actuellement une forte influence sur la langue. Toutefois, l'anglais et le kiswahili n'agissent pas de la même manière sur le kinubi en général, tandis que les autres langues adstratales ont un impact très limité. Cette étude tente donc de déterminer quels sont les facteurs linguistiques, sociaux et historiques permettant de comprendre cette différence de traitement.