Turcaret, ancien domestique devenu un riche financier trompeur et sans scrupules, fait bénéficier de ses prodigalités une Baronne qu'il aime et qui en fait à son tour profiter un jeune Chevalier dont elle s'est entichée. Grugé par tous, démasqué puis ruiné, il finit aux mains de la justice, tandis que le valet Frontin empoche son argent et triomphe : "Voilà le règne de Monsieur Turcaret fini ; le mien va commencer." L'étincelante pièce de Lesage est ainsi, en 1709, le miroir d'une époque où aristocrates désargentés et riches bourgeois partagent les mêmes distractions tandis que leurs valets songent à quitter la domesticité pour s'établir. Deux ans plus tôt, dans une petite pièce en un acte, Crispin se faisait le rival de son maître pour courtiser une jeune fille dont il empocherait la dot à sa place. Deux comédies de l'argent qui circule avec la même légèreté que les paroles dans un monde de fourberies allègres où l'on dupe à l'envi.
Gil Blas (1715-1735), major novel of French writer Alain René Lesage, influenced modern realistic fiction.
Alain-René Le Sage, a prolific satirical dramatist, authored the classic in making the picaresque form a European literary fashion.
A Jesuit college in Brittany well educated always quite poor and orphaned Le Sage, who studied law in Paris. Well in the literary salons, he chose a family life over a worldly one and married Marie-Elisabeth Huyard in 1694. He abandoned his legal clerkship to dedicate himself to literature and received a pension from the abbot of Lyonne, who also taught him Spanish and interested him in the Spanish theater.
Early plays of Le Sage, adaptations of Spanish models, included the highly successful adapted comedy Crispin, rival de son maître (Crispin, Rival of His Master), which the Théâtre Français performed in 1707. He aimed satire of his prose work Le Diable boiteux (1707; The Devil upon Two Sticks) of Spanish inspiration at Parisian society. The more popular Théâtre de la Foire gave Le Sage greater freedom as an author, and he composed for that company more than one hundred comédies-vaudevilles and thus considerably succeeded Molière.
Gil Blas of the earliest concerns the education and adventures of an adaptable young valet as he progresses from one master to the next. In the service of the quack Doctor Sangrado, he practices on the poorer patients and quickly achieves a perfect record of certain fatalities, equal to that of his master. In service to Don Mathias, a notorious seducer, he also learns to equal and to surpass his master. The sunnier spirit of the character effectively civilizes the picaresque tradition. Unlike most novels of the genre, it ends happily as he retires to marriage and a quiet country life.
C’est l’histoire d’une femme qui trompe un homme avec un homme qui la trompe elle avec la complicité de son valet qui les trompe tous. Vendez les droits à Shonda Rhimes
Ce livre rassemble les deux comédies les plus connues, sinon les plus représentatives, de l'oeuvre de Lesage. "Crispin rival de son maître" est une comédie en un acte. Le jeune Valère y est amoureux d'une demoiselle Angélique, que ses parents ont malheureusement fiancée à un certain Damis. Profitant de ce que Damis est bloqué à Chartres, Crispin, valet de Valère, se fait passer pour le fiancé, en cachette de son maître, afin de récupérer la dot appréciable d'Angélique. Le personnage éponyme de "Turcaret", qui pèse ses cinq actes de "grande comédie", est un financier d'origine très modeste, plumé par la jeune baronne à qui il fait la cour ; mais les poches de la baronne sont elles-mêmes vidées par son amant de coeur le Chevalier ; une nuée de valets les environne, change d'allégeance, et compte bien empocher d'autres bénéfices. Sur le fond, ces deux comédies sont d'une parfaite noirceur. Il n'y a guère de personnages qui ne soient motivés essentiellement par le désir de s'enrichir à tout prix, et dans "Turcaret" il n'y en a pratiquement aucun, à part peut-être Mme Turcaret, qui revient de sa province au moment opportun pour le dramaturge, c'est-à-dire le pire pour son mari, bien sûr. Cet appât du gain les rend tous malhonnêtes, et il n'y a guère de personnages vertueux que le dénouement puisse récompenser, dans la tradition de l'époque. La hiérarchie des désirs s'en trouve modifiée : l'argent permet de briller, de bien manger et surtout de beaucoup boire (comme l'argent, les bouteilles sont dénombrables, et les chiffres avancés sont hallucinants), tandis que les relations amoureuses, qu'elles soient d'ordre sentimental ou d'ordre libertin, se retrouvent codifiées par l'usage mondain, et se matérialisent dans des échanges permanents de cadeaux — donc une forme de circulation économique — plus que de toute autre manière. Vague encore dans "Crispin rival de son maître", la satire se concentre dans "Turcaret" sur le système du fermage des impôts, non pas tant du point de vue du peuple qui, en cette fin de règne de Louis XIV, était mis à contribution à un point presque intolérable, que de celui de la morale : cette privatisation du pouvoir fiscal pousse les fermiers généraux à rechercher leur propre bénéfice et leur enrichissement personnel, et s'accompagne de malversations et d'usure. La pièce n'y va pas de main morte et a fait polémique à l'époque. Il faut de plus se garder de voir dans tout auteur du patrimoine un démocrate libéral qui s'ignore : Lesage montre aussi une aristocratie gangrenée par l'enrichissement de particuliers de basse extraction, ce qui dans le système d'Ancien régime pouvait faire scandale. Les deux pièces se basent sur le fantasme prêté aux valets de s'enrichir jusqu'à devenir les égaux des plus grands ; je dis "fantasme" car le cas était, paraît-il, moins fréquent que Lesage ne veut nous le faire croire. Mais si le fond est sombre, la forme est joyeuse et solaire. L'intrigue de "Crispin", proche de la commedia dell'arte, est basée sur une série de coïncidences ludiques, auxquelles le valet fourbe réagit de son mieux. Celle de "Turcaret" paraît plus lâche, du fait qu'aucune manoeuvre des personnages ne semble jamais devoir aboutir ; souvent d'ailleurs ils ne font rien mais prétendent faire quelque chose ; pourtant un certain nombre de fils sont tenus sans la moindre incohérence du début à la fin et concourent au dénouement, mais les personnages ne semblent pas avoir de prise réelle sur leur propre sort. La pièce montre au fond que les affaires échouent, ce qui rend comme inévitable la ruine finale de Turcaret : l'économie selon Lesage, loin d'être en croissance perpétuelle, semble menacée d'entropie. Ce qui est au premier plan, c'est la peinture des moeurs et des caractères, qui s'appuie sur un sens du dialogue extraordinaire (il l'est aussi dans "Crispin"). Certaines répliques claquent comme des gifles, d'autres révèlent les hantises et les obsessions des personnages, d'autres encore jouent de doubles sens ; et toujours elles ont une saveur sonore qui appelle le jeu d'acteur. Lesage, comme Beethoven, devenait progressivement sourd, et peut-être cela le rendait-il encore plus sensible qu'un autre à la matière sonore de la langue. Par tous ces aspects son théâtre révèle l'influence de Molière, auquel sont faites des allusions parfois très explicites, mais il a une saveur toute personnelle, et c'est un beau cas d'innutrition, où le disciple suit la voie du maître et la transforme en chemin tout personnel.
les riches ces salauds *emoji sourcils froncés* j’ai préféré de loin Turcaret à Crispin ; Marine et Mme Jacob, désolée les louloutes ces cons vous méritaient pas
Encore une pépite de Lesage. Vraiment j'adore cet auteur il est tellement drôle. Au-delà du comique des deux pièces, Lesage montre particulièrement bien comment dès le tout début du 18eme siècle s'instaure une tyrannie de l'argent. Il régente tout et permet de se faire une place dans la société d'ancien régime qui s'ouvre très péniblement aux bourgeois. Tous les personnages sont des fripons qui dupent et se font duper sans exception ! Cet aspect m'a plu, pas de morale claire, pas de rédemption. L'argent fait sa loi. La pièce est extrêmement bien construite, on peut suivre l'argent qui circule entre chaque personnage pour les aider ou les trahir. Parfois les répétitions sont peut être un peu lourdes mais perso j'ai trouvé ça franc et hilarant, le côté presque farcesque change des comédies du 17eme, c'est rafraîchissant. Lesage dépeint son époque dans le vif et c'est toujours aussi grinçant aujourd'hui ! La piece en un acte qui précède Turcaret est très chouette. Elle joue beaucoup plus sur les codes de la comédie amoureuse, mais encore une fois c'est l'argent qui l'emporte !