Pendant quelques mois, une fois par semaine, Camille Laurens a tenu chronique dans L'Humanité (et, accessoirement, sur le site des éditions P.O.L). Ce sont les mots, ses chers mots (cf Quelques-uns) qui sont le sujet de ces chroniques, un peu plus d'une cinquantaine à ce jour et que ce recueil réunit. Les mots en question, Camille Laurens les prend parfois, pas très souvent, dans l'actualité qui les a mis en avant pour un moment, ou bien plus fréquemment au gré de sa fantaisie et de son actualité à elle, privée, intime. Ce que ces textes ont de particulier c'est d'abord le si bel amour de la langue qu'ils manifestent. Un amour contagieux, nourri d'une connaissance très étonnante de la langue, de ses origines, de son histoire, de ses avatars. C'est ensuite, sans doute sortie de cet amour-là, une poésie du verbe très émouvante de naître si puissante de quelque chose de très abstrait : c'est très certainement parce qu'elle sait leur rendre tout leur pouvoir d'évocation, à ces mots, toute leur chair et tout leur sens. Quelques uns à titre d'exemple : travail, être, déjà, amour, geste, anniversaire, individu, touché, identité, et, courage, baiser, partir...
Camille Laurens sur les hommes qu'elle décrit dans son livre..
Elle ne va pas à leur rencontre, du moins pas comme on pourrait croire. Elle ne fond pas sur eux pour les capter, les saisir, leur parler. Elle les regarde. Elle se replit de leur iamge comme un lac du reflet d'un ciel. Elle les maintient d'abord dans cette distance qui permet de les réfléchir. Les hommes restent donc là longtemps, en face d'elle. Elle les regarde, elle les observe, elle les contemple. Elle les voit toujours comme ces voyageurs assis vis-à-vis d'elle dans les trains maintenant rares où cette disposition existe encore : non pas à côté d'elle, dans le même sens, mais en face, de l'autre côté de la tablette où gît le livre qu'elle écrit. Ils se tiennent là. C'est le sexe opposé.
Jolis tours de passe-passe en tournant les mots en rimes et en étymologie dans tous les sens. De la réflexion, de la philosophie, de la poésie, de la subjectivité. Du plaisir à lire.
M’a fait penser au récit « Le sel de la vie » à cause de cette forme d’énumération. Une jolie respiration.