Les Voisins, un peu comme La Petite vie (l'oeuvre télévisuelle majeure de Claude Meunier), met en scène des personnages au prise dans une vie routinière et matérialiste qui comblent leurs vie vide de sens avec des passions ridicules. Mais si les personnages de La Petite vie sont d'un milieu modeste et urbain, ceux des Voisins évoquent la banlieue de classe moyenne. Ceux-ci taillent leur haies, bronzent dans le jardin, mangent des sandwich en jouant aux cartes ou à des charades dans le salon. Ils se complaisent dans ses conversations inutiles et dans des formules de politesse préfabriquées au lieu de vraiment communiquer entre eux. Pire : ils nous ressemblent. Car Claude Meunier possède un talent immense : il sait parodier des gens proche de nous, comme nous. On reconnaît nos propres voisins à travers ses personnages. Ils agissent comme nous, et on les reconnaît. Avec angoisse. On ignore si on doit rire ou pleurer devant leur inaction. Car ces personnages réalistes ont des problèmes personnels assez graves. Certains couples battent de l'aile, la santé d'un autre personnage décline, les dangers de la dépression se font sentir à chaque instant... Je pense que la plume de Louis Saïa (l'autre célèbre co-auteur de la pièce) intervient dans ces moments de médiocrité, où une haie de cèdre brisée peut devenir le Vietnam d'un personnage se raccrochant avec désespoir à cette clôture d'arbre, unique raison de vivre, devançant femme et enfants... Le moment où Jeanine réussit à résumer son voyage en Europe avec quelques photos de l'eau sale de la Seine, d'un avion et d'une vache me semble plutôt un moment d'écriture partagé à deux, vraiment en harmonie avec les deux plumes. Absurde, drôle... et triste. Ces gens ne savent même pas profiter de l'instant présent, et se raccrochent à des objets plus qu'à des moments... ou des personnes. Toutefois, certains personnages, à la fois plus et moins blasés que les autres, sont près d'une prise de conscience pas tout-à-fait assumée. Je parle de Laurette, consciente que l'ennui la tue à petit feu et de Suzy qui provoque sa mère dans le but de la faire réagir, de la sortir de sa catalepsie quotidienne.
On reconnaît aussi avec aisance la plume de Meunier derrière la plupart des dialogues, nous rappelant parfois La Petite vie, Ding et Dong ou encore Paul et Paul. C'est encore plus vrai dans le téléfilm de la pièce, où le texte est mis dans la bouche d'acteurs « habitués » de Meunier : Serge Thériault, Marc Messier ou encore Rémy Girard. Un téléthéâtre au budget très restreint, mais réussi, un classique, que je recommande aux fans (ainsi qu'aux amateurs des coupes de cheveux des années 1980).
Les voisins, une pièce d'une grande intelligence remplie d'humour et de douceur, qui montre des personnages qui n'ont rien à dire, mais qui le disent tout de même, dans le but d'oublier les silences et les introspections.