Bnaya et Yoav ont grandi dans une colonie juive de Cisjordanie, entourée de fils barbelés, aveugle aux villages palestiniens qui l'entourent. Bnaya y habite toujours, fidèle à la religion. Yoav l’a quittée pour la Tel- Aviv laïque. Ce roman fait pénétrer dans deux univers israéliens que l’on croyait si bien connaître grâce aux médias : celui de l’implantation religieuse au coeur des territoires occupés et celui de Tel-Aviv, la ville laïque, cosmopolite, toujours en éveil. Mais à travers Bnaya et Yoav, les repères sont bouleversés. Sans complaisance, sans jugement, avec beaucoup d’émotion.
Yonatan Berg (Hebrew: יונתן ברג) is a leading Hebrew poet. He is the youngest recipient of the Yehuda Amichai Prize and a number of other national awards. He has published three books of poetry, one memoir and two novels. His latest book, Far from the Linden Trees, was published in 2018 and received excellent reviews. Yonatan Berg is a bibliotherapist and teaches creative writing in Jerusalem.
C’est l'histoire de deux enfermés : Yoav, le laïque, dans un traumatisme survenu pendant son service militaire dix ans auparavant, et Bnaya, l'homme pieux, dans la colonie dont il n'a jamais cherché à dépasser la clôture de barbelés. C’est aussi le portrait douloureux de la société israélienne. L'état de guerre permanente endeuille chaque génération mais sécurise l’insouciance de la population de Tel-Aviv et légitime la politique de colonisation en Cisjordanie. C’est un roman d'une grande richesse qui aborde les thèmes d'identité, tradition, spiritualité, et tout ce qui permet de faire communauté (avec le rejet de l'autre pour conséquence). La langue est fluide et déliée avec un grand soin apporté au rythme ; la traduction est d'ailleurs excellente. Les odeurs, la végétation, la couleur de la lumière sont décrites d'une manière très évocatrice et nous transportent dès les premières pages. Les deux protagonistes m’ont bouleversée, le déchirement ressenti par Yoav après avoir quitté la communauté dont l'idéologie nationaliste-religieuse a structuré une grande partie de sa vie et la profonde solitude qui en résulte, le désespoir de Bnaya englué dans la routine domestique d’un mariage sans amour alors que ses voisins s'affrontent quant à la réponse à donner aux menaces de démantèlement envoyées par le gouvernement. L'auteur traite avec finesse et empathie les personnages qui gravitent autour d’eux et la progression du récit est totalement maîtrisée de bout en bout, avec une lente montée angoissante vers la résolution. Je recommande ce très beau roman que j'ai dévoré en trois jours !