Histoire de l'antisémitisme 2. L'Âge de la science La présente Histoire de l'antisémitisme en deux tomes n'est pas seulement une édition abrégée des quatre volumes parus entre 1956 et 1977. Allégée de certains passages et de notes érudites, elle est surtout l'édition revue, corrigée, complétée et mise à jour de la magistrale étude de Léon Poliakov, qui est désormais l'ouvrage de référence sur l'antisémitisme. Le premier volume couvre la période de l'Antiquité à l'époque moderne. Le deuxième volume couvre la période de l'Europe des Lumières à la folie du génocide. Léon Poliakov (1910-1997) Docteur ès lettres de la faculté de Paris et directeur honoraire de recherche au CNRS, Léon Poliakov a participé, en 1944, à la création du Centre de documentation juive contemporaine.
Il est frappant de constater à quelle point les accusations portés contre les juif-ves n'ont guère changé au cours des siècles. Par exemple, le "blood libel" (l'accusation de meurtres d'enfants chrétiens avec quelques variantes) que les nazis réutiliseront est une invention médiévale. La thèse de Poliakov qui voit l'antisémitisme comme une continuité, plutôt que comme un phénomène radicalement nouveau en Europe (par rapport à l'antijudaïsme chrétien), est convaincante. En effet, des stéréotypes sur "l'odeur des juifs" se maintiennent pendant des siècles, jusqu'à ce qu'une commission d'enquête sous le Troisième Reich soit chargé d'informer sur le sujet. L'antisémitisme reste donc jusqu'au XVIIIème siècle (en Europe : dans le monde musulman, malgré des persécutions occasionnels la situation durant le Moyen Âge reste très relativement favorable), un élément important tant dans les domaines culturelles (les Mystères du Moyen Âge, les poésies), théologiques, et économiques (exclusion des juif-ves de la vie économique). L'âge de la foi : ce titre évoque le fait que les justifications théologiques étaient les principales. Les juifs-ves sont associés au Diable, à un peuple déicide. Mais on voit surgir en Espagne, à partir du XIVème siècle et la montée en puissance de l'Inquisition, la règle de la pureté de sang. C'est à dire qu'il suffit d'avoir un ancêtre juif pour être considéré comme Nouveau Chrétien, c'est à dire un chrétien dont la valeur sera toujours mise en doute. Par ailleurs, la transmission héréditaire de la honte de l'enquête inquisitoriale (par la spoliation de l'héritage mais aussi dans un statut qui frappera même d'infamie le théologien Luis de Léon !), invite à réfléchir sur l'idée d'une biologisation (même si le sujet n'est pas présenté en ces termes) du judaïsme par les chrétiens. Sur le sujet : Ce qui m'a marqué dans ma lecture c'est un autre livre qui est revenu à ma mémoire. Dans Une guerre d'extermination Paul Preston remarque que l'antisémitisme avait tellement marqué la conscience des Espagnols que la droite et l'extrême droite pré franquiste feront appel à des stéréotypes antisémites pour caractériser leurs adversaires de gauche, à tel point que Preston parle "d'antisémitisme sans juifs" !