Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m'attachaient à eux. J'aurais aimé les hommes en dépit d'eux-mêmes. Première promenade.
Genevan philosopher and writer Jean Jacques Rousseau held that society usually corrupts the essentially good individual; his works include The Social Contract and Émile (both 1762).
This important figure in the history contributed to political and moral psychology and influenced later thinkers. Own firmly negative view saw the post-hoc rationalizers of self-interest, apologists for various forms of tyranny, as playing a role in the modern alienation from natural impulse of humanity to compassion. The concern to find a way of preserving human freedom in a world of increasingly dependence for the satisfaction of their needs dominates work. This concerns a material dimension and a more important psychological dimensions. Rousseau a fact that in the modern world, humans come to derive their very sense of self from the opinions as corrosive of freedom and destructive of authenticity. In maturity, he principally explores the first political route, aimed at constructing institutions that allow for the co-existence of equal sovereign citizens in a community; the second route to achieving and protecting freedom, a project for child development and education, fosters autonomy and avoids the development of the most destructive forms of self-interest. Rousseau thinks or the possible co-existence of humans in relations of equality and freedom despite his consistent and overwhelming pessimism that humanity will escape from a dystopia of alienation, oppression, and unfreedom. In addition to contributions, Rousseau acted as a composer, a music theorist, the pioneer of modern autobiography, a novelist, and a botanist. Appreciation of the wonders of nature and his stress on the importance of emotion made Rousseau an influence on and anticipator of the romantic movement. To a very large extent, the interests and concerns that mark his work also inform these other activities, and contributions of Rousseau in ostensibly other fields often serve to illuminate his commitments and arguments.
Un livre original, qui permet au lecteur de mieux connaître le caractère de Rousseau et qui plaira très certainement aux solitaires, aux contemplatifs et autres amoureux de la nature sauvage.
Jean-Jacques Rousseau n’avait pas fini de rédiger les Rêveries lorsqu’il mourut en 1778. La première publication est de 1782. Cette œuvre posthume et inachevée compte dix chapitres nommés Promenades (auxquelles je me réfèrerai par leur numéro dans ces notes). Le titre est parfait. Ce qui saute aux yeux d’abord, dans le texte, c’est la parano. Justifications interminables, jérémiades exagérées. Rousseau est «livré tout entier au plus horrible sort qu’ait éprouvé sur la terre aucun mortel» (III), il subit le «plus triste sort qu’ait jamais connu un mortel» (VII). Rien que ça. J’aime le passage très concret où il raconte son accident. Un chien danois courant à toute vitesse lui fonce dans les jambes alors qu’il se promène dans la rue, et le fait tomber (II). Bon moment de rigolade, quand il fait son numéro d’ours. A une admiratrice qui le gonfle, il envoie ce billet : «Rousseau ne recevant chez lui aucun auteur remercie madame d’Ormoy de ses bontés et la prie de ne plus l’honorer de ses visites.» (II). Dans ses propos sur la vieillesse, de la résignation : «Est-il temps au moment qu’il faut mourir, d’apprendre comment on aurait dû vivre? ... Que sert d’apprendre à mieux conduire son char quand on est au bout de la carrière?» (III). Je préfère le devoir bouddhiste de perfectionnement perpétuel mais qu’en dirai-je à cet âge ? Il y revient plus loin : «Je ne cherche point à m’instruire : il est trop tard.» La résignation est au cœur d’une série de vertus qu’il énumère : «la patience, la douceur, la résignation, l’intégrité, la justice impartiale» (III). «Tout est dans un flux continuel sur la terre» (V) est repris plus loin : «Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d’y prendre une forme constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-mêmes...» (IX). Vérité profonde, quoiqu’un peu banale. On pourrait faire une anthologie des phrases disant la même chose, depuis les présocratiques. J’aime bien «le poids de l’obligation me fait un fardeau des plus douces jouissances» (VI). La phrase centrale du livre est sans doute : «La rêverie me délasse et m’amuse, la réflexion me fatigue et m’attriste» (VII). Charmant parti pris, mais en contradiction totale avec ses longues périodes de ratiocinations (passim). Il faudrait compter les «rêver», «rêverie», on l’a sans doute déjà fait. Les mots du bonheur : «ravissement» (V), «extase» (V, V, VII, VII, VII, VII), «ivresse» (VII). Mon préféré, c’est «aise» : «rêver à mon aise» (V, V), «rêver plus à mon aise» (VII), «j’étais transporté d’aise» (IX), «me sentir ravi d’aise» (IX). Ce qu’il aime contempler, ce n’est pas exactement la nature mais la végétation, surtout les fleurs et les herbes, un peu moins les arbres. Le reste ne l’intéresse guère mais il essaie de rationaliser ce qui n’est qu’une question de goût, et je trouve ses arguments spécieux : les étoiles sont trop loin (VII), les animaux sont dégoûtants à disséquer (VII) (comme si c’était une obligation). Le pire c’est pour les pierres : «Le règne minéral n’a rien en soi d’aimable et d’attrayant» (VII). Là, Jean-Jacques, tu pousses. D’accord, t’avais pas lu Caillois, mais quand même, c’est pas bien malin, ça. En résumé, Rousseau est un peu agaçant mais je l’aime bien, quand même. (I 1999)