Quel roman la vie de Rabelais ! Homme d'Eglise dont l'itinéraire va d'un obscur couvent vendéen à la fréquentation des papes au Vatican, devenu l'un des plus illustres médecins de son temps, écrivain truculent et révolutionnaire, toujours en fuite pour échapper aux bûchers de l'Inquisition... Roman picaresque et émouvant d'un homme si cher au coeur de Michel Ragon qu'il n'a cessé de hanter son oeuvre, roman intime et attachant d'un Rabelais méconnu, profondément humain, lucide et désenchanté, qui sut préserver un incroyable souffle de liberté dans un siècle plein de fractures. Michel Ragon raconte son Rabelais. C'est un homme étonnamment moderne et proche que l'on découvre, dont le rire déconcertait hier les puissants et continue de tonner contre toutes les intolérances.
L'inconvénient quand on n'assume ni d'écrire de la fiction, ni d'avoir eu la flemme de produire un véritable essai biographique, c'est qu'on finit par ne faire ni l'un ni l'autre, et que le résultat est juste chiant.
On sent que l'auteur a surtout voulu fantasmer sur un écrivain auquel il s'identifie (ou plutôt sur qui il projette sa crise de boomer en mode "c'était mieux avant"). Le problème c'est qu'il le fait en essayant à la fois d'adopter le point de vue d'un homme de la fin du XVIe siècle, tout en étalant constamment sa science de prof du XXe siècle. Ça fait qu'on se retrouve avec un narrateur qui peut passer des pages à deblatérer sur le corps féminin "puant et suintant", source de toutes les maladies du monde, et qui deux lignes plus loin s'émerveille du fait que la langue de Pantagruel et Gargantua soit la langue de l'avenir et que si seulement ces sots de La Pléiade avaient su que leur français précieux et épuré se lirait moins bien dans quatre siècles que les morceaux de bravoure sur la chiasse de Rabelais...
Au bout du compte Michel Ragon ne réussit qu'à détruire toute espèce d'immersion et de suspension d'incrédulité en essayant d'être trop pédant ; et aussi sans doute en s'écrivant beaucoup trop lui-même à travers Rabelais.
Le comble pour un bouquin dont le (maigre) fil rouge était de "distinguer l'ogre paillard Pantagruel de son auteur : François Rabelais, médecin et prêtre."
Je lui rajoute quand même la 2e étoile parce qu'il a le mérite de se lire vite. On s'ennuie moins longtemps.
Je me suis perdue parfois avec la narration car on fait beaucoup d’ellipses temporelles. Également des libertés prises avec le protagoniste. Bon. Sans plus