C'est au grand trot de six forts chevaux, avec des relais bien disposés, l'air de l'empressement, que je vais très-vîte, accompagnée de gens dont je me soucie peu, chez d'autres dont je ne me soucie point du tout.
Marie-Jeanne Riccobonin, née Marie-Jeanne de Heurles de Laboras est une comédienne et romancière française. Elle a porté plusieurs noms et pseudonymes, dont Marie-Jeanne de Heurles Laboras de Mezières Riccoboni est la forme retenu par le Library of Congress Authorities.
Marie-Jeanne Riccobonin, born Marie-Jeanne de Heurles de Laboras was a French actress and novelist. She is known by several names and pseudonyms, of which Marie-Jeanne de Heurles Laboras de Mezières Riccoboni is the form retained by the Library of Congress Authorities.
Quelle icône ! J’adore le fait qu’elle nous dévoile les ruses féminines avec autant d’honnêteté et sans l’esprit malsain que leur accorde les auteurs masculins. C’est comme regarder enfin l’envers du décors. Le pourquoi une femme réagit comme ça à telle action. On se rend compte avec simplicité en lisant à l’intérieur de leur esprit qu’elles ne sont qu’humaine et comme les hommes, à galérer.
Avis : Nan mais alors pardon ????
Je me doutais absolument pas de ça…. Que le secret serait ça, je ne sais ps pourquoi, mais j’avais vraiment confiance en ce Monsieur Ossery, peut être parce que Madame Riccoboni l’autrice était supérieure à mes yeux aux autres autrices lues dans le fait qu’elle était la seule à ne pas détester les femmes. J’ai vraiment trouvé tout le récit hyper moderne et féministe, on a des véritables questions soulevées : « Heureux hommes, combien la différence de l’éducation, les préjugés, l’usage donnent d’avantage à ce sexe hardi qui ne rougit de rien, dit et fait tout ce qu'il veut. »
« Il rampe sans honte à nos pieds; nos mépris ne l’avilissent point, nos dédains ne peuvent le rebuter; bas quand il désire, fier dès qu’il espère, ingrat quand il obtient… »
Bref, pardonnez moi, mais on a une véritable critique de l’homme. Dans toutes nos autres lectures, on a des femmes soumises, qui malgré une critique de leur situation, ne vont jamais dans le vif du sujet de pourquoi elles sont malheureuses, pourquoi c’est lié au fait que ce sont des femmes dans un monde d’homme. Ici Riccoboni nous parle des ça, mais aussi de l’ennui réservé aux gens riches. On sent peut être qu’elle ne l’a pas toujours été elle même.
« Ce n’est ni le goût, ni le cœur, pas même l’espérance du plaisir qui rassemble ces êtres bizarres, nés pour posséder beaucoup, désirer davantage et ne jouir de rien. Ils se cherchent sans s’aimer, se voient sans se plaire et se perdent dans la foule sans se regretter. Qu’est ce donc qui les unit ? L’égalité du rang, de la fortune, l’usage, l’ennui d’eux-mêmes, ce besoin de s’étourdit qu’ils sentent continuellement et qui semble attaché à la grandeur […] » (p.40)
On a une héroïne réfléchie, différentes des trois autres étudiées dans le fait qu’elle n’est pas autant mise sous le prisme de la façon avec laquelle les hommes la perçoit. On en apprend que très peu sur son physique, ou même sur sa vertu, même si cette idée reste bien présente dans le fait qu’elle ne reprend pas de mari après M. Catesby, et après la trahison de son presque fiancé M.Ossery.
Il lui dit même, p61 : « Que votre âme est supérieure à la mienne ! »
Bref, donc tout le récit on et sous tension, on veut savoir ce qu’a fait Ossery, pourquoi il l’a quitté alors qu’ils étaient si amoureux : « un mouvement que le hasard me fit faire posa ma main sur celle du Comte. Je l’a retirai, mais lui, me fixant avec un regard passionné, se hâta de porter la sienne à sa bouche et baisa l’endroit que je venais de toucher. » (p.54)
Pourquoi un homme qui a promis sa main, qui lui envoie une lettre aussi déchirante disparaît et en marie une autre ? L’autrice nous garde en tension, Juliette refuse systématiquement une entrevue avec lui. Continue de dézinguer les hommes en admirant les femmes : « Voilà une femme très respectable, très respectée, pourquoi ? Parce qu’elle a eu l’avantage de s’aimer assez pour ne point en aimer un autre » (p.36) Elle est fascinée par cette dame qui ne prend plus de mari. Mais la catégorise plus loin dans « des femmes faibles »
Dans la version longue de Miladi Juliette de Catesby, on pouvait lire : « Cette dame avoit raison; communément les hommes sont élevés, et les femmes s'élèvent elles-mêmes; elles n'ont souvent d'autre maître que leur cœur, maître habile, dont la méthode est sûre : mais combien d'obstacles s'opposent à cette étude pénible, qu'elles sont forcées de faire? mille objets les en détournent, et la façon de penser des hommes à leur égard, les en dégoûte. »
On a donc une véritable déconstruction et attaque presque à ce que les hommes de cette époque disent des femmes. Une revendication féministe de Riccoboni qui veut défendre son sexe (comme entendu à l’époque.) « Les hommes nous regardent comme des êtres placés dans l’univers pour l’amusement de leurs yeux pour la récréation de leur esprit, pour servir de jouet a cette espèce d’enfance ou les assujettit la fougue de leurs passion, l’impétuosité de leurs désirs et l’impudence liberté qu’ils se sont réservée de les montrer avec hardiesse et de les satisfaire sans honte. » (p.96)
« Esclave de leurs sens, lorsqu’ils paraissent l’être de nos charmes, c’est pour eux qu’ils nous cherchent, qu’ils nous servent; qu’ils ne considèrent en nous que les plaisirs qu’ils espèrent de goûter par nous. L’objet de leurs feintes adorations ‘atteint jamais jusqu’à leur estime et si nous leur montrons de la force d’esprit, de la grandeur d’âme, nous sommes d’inhumaines créatures. » (p.97)
Pardon mais la puissance de cet écrit ? J’avais jamais lu une femme de cette époque défendre aussi clairement les femmes, en nommant clairement les accusations qui leur sont faites, et en les démantelant point par point. Elle parle même de chaînes, d’entravements, de nouveau elle décrit l’homme, presque comme être plus faible que la femme : « Occupé de lui seul, de ses intérêts, rien ne peut le faire renoncer au bien dont la possession le flatte, et souvent, à force d’obstination, il parvient à conserver, sinon le cœur, au moins la personne, premier objet de son attachement. Lui, dès qu’il trouve sa chaîne pesante, il la brise, il s’éloigne; il ne voit point couler nos larmes, il n’entend point nos plaintes. […] Ah, comment est il possible que notre cœur se donne ? Nous sommes si malheureuses en aimant… »
Elle ouvre le sujet sur quelque chose de très important, le fait que les femmes ne sont pas maîtresses de leur situation, de leur vie, de leurs choix, qu’à la fin, seul l’homme peut briser les chaînes. J’ai même ris à de nombreuses reprises tant ce que l’autrice nous révèle est une expérience universelle : « Il finit en m’assurant un amour éternel…Éternel ma chère, ils promettent tous un amour éternel. » (p.86) ou encore :« Allons, je vais l’entretenir… Mais que lui dire ? Je vais lui demander du tabac, l’heure qu'il est, le temps qu'il fait, laisser tomber mon mouchoir pour lui donner le plaisir de le ramasser. Il faut être obligeante. » (p.88)
Elle nous donne les dessous des techniques féminines sans les présenter comme perfides, comme le feraient les homologues masculins. On voit là une héroïne bonne et vertueuse, qui use de ses tactiques. Cela nous prouve que les intentions ne sont pas mauvaises, et que même lorsque la femme ruse, ce n’est pas toujours dans un but de faire du mal.
Comme nos autres héroïne, Juliette souffre de cet amour dont elle tente tant bien que de mal de se séparer.comme les autres, ça lui en est impossible : « Quoi Milord d’Ossery sera toujours présent à mon esprit ! Se peut-il que le souvenir de cet ingrat soit ineffaçable! qu’il me trouble ou m’afflige sans cesse ! » (p.83) « Ma bonne, ma tendre amie, aimez-moi pour nous deux, car je me hais bien fort. » (p86)
On a aussi de nouveau la fervente amie, que l’héroïne aime plus que tout au monde, qui bien installée et toujours fidèle, aide celle-ci à se décharger de ses peines et de ses culpabilités. Elle est le réceptacle de toutes les réflexions, et semble être l’être parfait et vertueux que chacun doit aspirer à être.
La dépression est un peu présente, bien que moins intense que dans nos autres romans : « Depuis longtemps que j’ai perdu l’habitude d’être contente de moi; le regret semble attaché à toutes mes démarches. De tant de qualités dont je m’applaudissais, il ne me reste que la connaissance de mes fautes. » (p.103)
On a aussi de nombreuses mentions de suicide par amour, comme si la mort devenait la seule alternative à l’impossibilité de l’amour.
Bref on a tout ça pour quoi ? Pour qu’on apprenne que ce dégueulasse Monsieur Ossery a violé Jenny, sa future femme qu’il fout en cloque par la même occasion, et que pour sauver de l’embarras du déshonneur (QU’ELLE N’A EU AUCUN CHOIX DEDANS), il l’a marie. J’ai cru voir mon cœur se briser en lisant cela. Ça a gâché toute ma lecture.
Il la viole dans le noir :« Une fille respectable ne me parut dans cet instant qu’une femme offerte à mes désirs, à cette passion grossière qu’allume le seul instinct. » (p149) Elle pleure dès qu’il finit, et il s’enfuit la laissant la… Nan mais quel horreur. Faut-il se rappeler tout de même que c’est une femme qui écrit cela, et que dans un sens, elle dénonce ces faits qui doivent arriver plus souvent que prévu.
Lorsque Juliette reçoit cette lettre, ses premiers mots de réactions sont : « Ah, la pauvre Lady d’Ossery » (p.166) ce qui m’a quand même rassurée. S’il y a bien une chose qu’on peut confirmer, c’est que Riccoboni ne déteste pas les femmes. Et elle le prouve tout du long du roman. Elle ne éjectera jamais la faute sur cette pauvre fille, et dira même plusieurs fois l’aimer. Elle finit tout de même par pardonner Ossery et le marier. Ne l’accusant que d’infidélité, jamais du viol. Bref je suis dégoûtée. 17/20
"C'est au grand trot de six forts chevaux, avec des relais bien disposés, l'air de l'empressement, que je vais très vite, accompagnée de gens dont je me soucie peu, chez d'autres dont je ne me soucie point du tout." C'est ainsi que débute le roman et c'est toujours avec le même empressement qu'on lit la suite, les tours et détours de l'esprit d'une femme un temps abandonnée et dont l'amant vient quémander le pardon.
C'est un roman épistolaire où nous n'avons qu'un côté de la correspondance. Elle précède Laclos et Rousseau dans l'adoption de cette forme. C'est un regard féminin qui se pose sur les gens et les choses. Force est de constater que cette correspondance donne l'impression d'un huis clos au féminin bien gardé (les lettres à Carlisle ou de d'Ossery sont enchâssées dans celles à Henriette) Elle parvient à donner un style différent à tous ces correspondants.
Beau roman d'analyse d'un amour bafoué mais qui s'impose malgré tout à la femme qui voudrait s'en débarrasser. Après avoir été abandonnée, pour d'obscures raisons, par l'amant qu'elle comptait épouser et qui s'est marié à une autre, Milady Juliette Catesby, dévastée, doit littéralement se recomposer pour survivre. Elle tente de se redéfinir à travers sa correspondance fournie avec son amie Henriette. C'est une femme trahie qui cherche la recette du détachement, l'attitude à adopter pour ne plus souffrir - ce qui contraste avec l'idée reçue que la femme est "naturellement" disposée à s'abandonner aux souffrances de la passion. Les remarques auto-ironiques, celles que Juliette se destine à elle-même, témoignent de sa lucidité en toutes circonstances. Si Juliette se refuse à la complaisance, elle ne ménage pas non plus D'Ossery. Les commentaires se font d'ailleurs plus cinglants à mesure qu'elle se sent sur le point de faiblir et de consentir au retour de l'amant prodigue, comme si elle cherchait à creuser l'écart entre elle et celui auquel elle peut de moins en moins résister. "J'oubliai mon amour, dit-il...Ah, oui, les hommes ont de ces oublis".
La relation entre les deux femmes, exemple avant l'heure de la solidarité féminine, est empreinte d'une grande franchise. Juliette peut ainsi dévoiler à sa correspondante des états d'âme extrêmes qu'elle cache au reste de l'entourage. La lettre est un exutoire à la déroute intérieure. Ses confidences au moment de crises émotives aiguës mettent en évidence la profondeur de la confiance accordée à Henriette. « Mon Dieu, est-ce votre amie, est-ce une femme sensée, qui est si peu d'accord avec elle-même? Ma bonne, ma tendre amie, aimez-moi pour nous deux, car je me hais bien fort». Henriette maintient l'équilibre de son amie. "Je le hais... Je me hais... Je vous aime toujours" Par ailleurs, le besoin d'une relation privilégiée avec une femme ne s'incline pas, dans ce roman, devant l'amour : "Si des sentiments moins volontaires et plus tumultueux m'ont occupée, vivement occupée, croyez qu'ils n'ont point affaibli ce gout tendre et solide qui m'attache à vous."
Mme Riccoboni explore la condition des femmes de son siècle. Elle vise plus à modifier le comportement des femmes qu'à changer les structures sociales. On aperçoit souvent les amorces d'une révolte purement verbale, qui tourne court La narratrice exprimera en effet un profond désir d'égalité en des termes non équivoques dans une lettre à son ami Milord Carlile: «Dans cette route difficile où nous voyageons ensemble, le ciel nous a placés sur la même ligne; je puis marcher votre égale et je n'admets point de distinctions entre des créatures qui sentent, pensent et agissent de même». Cependant la clairvoyance de la narratrice et ses doutes sur la nature des sentiments qu'elle inspire à d'Ossery ne l'empêcheront pas de l'épouser. Victoire du coeur sur la raison donc.
Un vrai plaisir à lire tant c'est vif et enlevé. Décidément, j'aime le style de Mme Riccoboni :)