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Textes philosophiques: Conclusions philosophiques. Dissertation en deux parties

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Présentation et traduction d'une partie de l'oeuvre d'Antoine Arnauld dit le Grand Arnauld (1612-1694), connu comme le chef de file des jansénistes et pour ses défenses intransigeantes d'un augustinisme radical. Il fut exclu de la Sorbonne en 1656 à la suite de la polémique contre les jésuites et s'exila aux Pays-Bas. Ces extraits s'accompagnent d'un essai de bibliographie arnaldienne.

344 pages, Paperback

Published March 1, 2001

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Denis Moreau

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January 19, 2025
C’est une anthologie de textes d’Antoine Arnauld par Denis Moreau. Arnauld est un philosophe moderne peu connu, et s’il l’est, c’est souvent uniquement pour ses correspondances, échanges et polémiques avec Malebranche, Leibniz et Descartes par exemple. Même il a en réalité tout un corpus assez riche et intéressant à part entière sur les sujets classiques de l’époque : Dieu, ses attributs (analogie, univocité), providence (libre-arbitre et providence divine), épistémologie (querelle de la vision augustinienne des idées en Dieu), etc. Il ressemble un peu à Leibniz car même s’il reprend beaucoup les Modernes (par exemple Descartes), il garde beaucoup de choses des Anciens comme Thomas d’Aquin qu’il défend beaucoup sur la providence et Augustin sur des thèmes divers.

L'édition de Moreau est utile. On trouve donc des extraits de plusieurs textes importants selon Moreau, une introduction générale et spécifique à chacun d’entre eux et à la fin une bibliographie très utile sur cet auteur sur qui l’on a peu de pistes pour l’étudier.

### Conclusions philosophiques

On trouve un résumé des thèses philosophiques du jeune Arnaud mais quand même pas mal en continuité avec le futur Arnaud. Tous les grands domaines sont abordés : logique, physique, métaphysique, etc.

### Deux dissertations sur la vision des idées en Dieu et sur la vertu

Ce sont des écrits contre Pierre Nicole qui défend la vision des idées en Dieu, thèse de l’augustinisme (la connaissance par illumination divine) et que les païens peuvent être réellement vertueux même si leur vertu ne suffit pas à mériter le salut.

Dans la première partie, Arnaud corrige la mauvaise interprétation de Thomas d’Aquin par Nicole qui lui fait défendre l’illumination. Au début, Arnaud démontre que Thomas ne donne que deux sens et non pas trois à la vérité : la vérité liée aux idées éternelles en Dieu et la vérité dans les choses sous leur rapport avec les idées divines. Arnaud montre qu’il la rejette, et que dans les phrases qui parlent de ce sujet, il dit clairement que l’on connaît par une lumière naturelle en nous, et non pas par la lumière divine en Dieu. Il donne ensuite des arguments contre l’illumination et répond aux objections. En gros, si l’illumination était vraie, donc qu’on connaît toute chose systématiquement grâce au fait que nous voyons les idées en Dieu même, on en serait conscient.

Dans la seconde, il traite du lien entre vertu et Dieu. Certains affirment qu’on ne peut pas aimer ou exercer la vertu sans aimer la raison éternelle de celle-ci en Dieu. Arnaud définit comme on le fait rarement raison, dans ce contexte elle signifie la nature ou l’essence d’une chose. Il nie cette affirmation. Il reprend grosso modo les même arguments que dans la première partie de la dissertation. En résumé, il faut dire plutôt qu’on voit les choses incréées (Dieu) dans les choses créées que l’inverse (thèse de la vision en Dieu). Arnauld donne l’exemple d’un tableau et de son peintre, c’est plutôt le tableau (analogue à une chose créée) qui nous renseigne sur son auteur (analogue à la chose incréée) et non l’inverse comme sans tableau, on ne peut pas deviner en sondant l’esprit du peintre ce qu’il allait peindre. Il continue à mettre Augustin en lien avec cette question. Pour ce dernier, la thèse est vraie que dans très peu de cas en ce monde, et dans le paradis.

### Des règles

C’est un livre qui mélange polémique avec Pierre Nicole (vision des idées en Dieu, la doctrine augustinienne) et des règles pour avoir une polémique efficace et pour détecter les erreurs chez ses adversaires, qu’il illustre ici avec des erreurs de Nicole.

Il essaye de réfuter Nicole et sa grâce générale qui dit que Dieu accorde une grâce à chaque homme sans exception pour être vertueux proportionnellement. Les partisans font appel aux pensées imperceptibles pour justifier cela : on ne trouve pas d’indice empirique de cela en chaque homme parce qu’ils ont des pensées imperceptibles sur la vertu et Dieu, c’est-à-dire sans même souvent le savoir. Il fait souvent allusion à Malebranche et à son magnus opum, son *De la recherche de la vérité*.

Il commence par montrer qu’aucune de nos pensées et de ses types ne correspond aux imperceptibles : claires, distinctes, médiates, immédiates, etc. C’est même de tenir cette thèse car cela implique de dire que même les hommes méchants aiment Dieu de façon imperceptibles.

Il avance également quatre arguments :

1. Les pensées imperceptibles sont obscures et pas claires du tout comme moyen pour éclairer tous les hommes. Pourtant c’est ce qu’on attribue à Dieu comme mode opératoire. Donc c’est attribuer à Dieu un mauvais moyen, diminuer sa sagesse, ce qui est absurde.
2. Les pensées imperceptibles sont on dit un moyen de rendre inexcusables tout homme car sans cela et donc le moyen de faire le bien de façon proportionnée, l’homme est naturellement comme un handicapé qu’on condamnerait pour ne pas savoir marcher. En gros, il est immoral pour Dieu de condamner l’homme s’il ne lui donne pas les moyens de faire le bien. Mais ces pensées imperceptibles ne sont d’aucun secours à cette fin : car par définition elles sont imperceptibles, et donc souvent inconnues des hommes, et par conséquent d’aucun secours pour eux.
3. Pas compris : s’appuie sur la distinction entre mouvements comme des machines (ne nécessitent pas la pensée comme marcher tout droit) et mouvements réfléchis basés sur des pensées perçues.
4. On tombe dans plusieurs absurdités : par exemple contre la Bible que tous les païens ont connu Dieu alors qu’elle parle d’un état d’ignorance naturel, ou encore qu’il y a un espoir pour tout le monde d’être sauvé.

Il montre dans une partie suivante qu’on ne peut pas utiliser les pensées imperceptibles pour défendre la vision des choses en Dieu à la Malebranche ou comme les augustiniens. Il reprend et défend en gros son argument que si l’on ne peut pas connaître par exemple une vérité mathématique qu’en la voyant en Dieu, on penserait forcément tout le temps à Dieu, or ce n’est quasiment jamais le cas, donc elle est fausse.

Il avance aussi un argument basé sur les conclusions contradictoires très différentes et nombreuses des hommes (par exemple en mathématiques entre Euclide, Archimède et Scaliger, et l’infinie divisibilité de la matière chez les Epicuriens, Augustin, les cartésiens, etc.), ce qui est étonnant si tout le monde est censé voir les mêmes vérités éternelles en Dieu.

Il répond à l’objection basée sur le fait que pour ne pas tomber dans le relativisme, on doit identifier la vérité au-dessus de notre esprit et qu’on voit à Dieu : ce qui prouve trop comme des choses différentes de Dieu peuvent pour autant être “au-dessus” de nous comme les lois humaines qu’on ne change plus.

De même pour l’argument qui part du fait qu’on doit se baser sur quelque chose qui est partout pour connaître les vérités, or seul Dieu l’est, donc on doit voir en lui nos vérités. Arnaud rétorque avec un équivoque sur “présent partout”.

Il répond à ceux qui se rabattent sur les lois naturelles et montre qu’elles ne sont pas évidentes pour tous comme les païens ont de tout temps été dans le péché (exemples de la persécution des Chrétiens par Rome païenne, de la fornication, du sacrifice d’enfants chez les indigènes sud-américains, des duels meurtriers chez les Européens, etc.).

Il s’attaque en suite à ceux qui disent qu’on ne peut aimer la chasteté sans aimer la raison éternelle de la chasteté (c’est-à-dire Dieu). Il critique un glissement de la justice vers la chasteté car les deux sont très différentes : la chasteté est éminemment en Dieu car elle ne concerne que des êtres dotés de corps, or Dieu en est dépourvu alors que la justice par contre peut exister formellement en Dieu comme elle n’a pas “d’impureté à purifier” pour pouvoir être appliquée à lui.

Il relève de nombreux équivoques : raison qui peut signifier essence (dans ce cas, rien n’est prouvé) ou la fin, éternel qui peut être utilisé à proprement parler pour Dieu ou improprement pour les universels qui existent dans notre esprit et ne sont pas liés à un endroit précis.

Il parle ensuite longuement de l’exemple des Iroquois au sujet desquels des Théologiens ont affirmé que bien qu’ils ne connaissent pas Dieu sous ce nom là ou sous celui de divinité (ils n’ont pas de mot équivalent comme tel aux nôtres, et qu’on ne trouve aucune trace tangible de lui chez eux), ils le connaissaient tout de même sous ceux de Justice ou Vérité sans forcément en être conscients grâce aux pensées imperceptibles défendues précédemment par Nicole. A cela, Arnauld répond que cette théorie ne tient pas car la seule façon de connaître Dieu en tant que Justice ou Vérité même, c’est de déduire ces attributs de l’existence de Dieu qu’on a connue au préalable. Or, c’est précisément ce que tous refusent aux Iroquois et autres païens. De plus, il est dangereux de connaître Dieu seulement comme Justice ou Vérité car comme on risque ainsi de le réduire à des choses purement terrestres auxquelles on réduit ces attributs (par exemple la justice seulement au fait de ne pas se plaindre d’une injustice concernant une autre partie).

Il traite ensuite d’une interprétation d’Augustin sur la distinction entre voir et croire, et de passages de l’Augustinus de Jansénius.

Arnauld répond à Nicole qui affirme que tous les hommes, même les plus grands pécheurs et impies aiment la raison éternelle de la vertu en Dieu (toujours par des pensées imperceptibles) car c’est ce qui les rend inexcusables et évite de rentrer dans une ignorance invincible. Il a tort car c’est absurde de dire cela d’impies qui méprisent pourtant totalement Dieu et la moralité.

### De la liberté de l’homme

Arnaud donne ses positions sur la providence, le libre-arbitre, la responsabilité morale, etc. Il cite et reprend beaucoup Thomas d’Aquin qu’il aime beaucoup sur ce sujet. Pas compris grand chose à relire.
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