Parmi les cinq sens, l'olfaction et le goût sont les plus décriés, car ils rappellent avec trop d'insistance que l'homme n'est pas seulement un être qui pense, mais qu'il est aussi un animal qui renifle, sent et goûte. D'où le discrédit jeté sur ces deux sens et ce qu'ils permettent : la gastronomie, l'art de manger et de boire. Or, on peut entendre la gastronomie comme une discipline qui voit le jour après la Révolution française, avec l'effondrement de l'Ancien Régime ; une philosophie du goût n'est pas pensable dans les catégories classiques de la pensée occidentale. Seule une perspective hédoniste permet d'aborder ce sujet d'une manière spécifiquement philosophique. La Raison gourmande se propose de répondre positivement à la question de Nietzsche : y a-t-il une philosophie du goût ? L'ouvrage est composé sur le mode contrapuntique : un chapitre solide, un chapitre liquide. Dom Perignon, Grimod de la Reynière, Brillat-Savarin, Carême deviennent ainsi - avec Leibniz, Descartes et Condillac - les héros de ce livre savant et drôle. Chaque fois, l'auteur s'interroge : quelle est la métaphysique promise par un ragoût ou une cuisson ? Et, inversement : de quelle technique gastronomique s'autorisent les grands systèmes philosophiques ?
Într-un stil eclatant și franțuzesc, pe alocuri enervant de pedant, Onfray propune o inspirată apologie pentru hedonismul filozofic, prin instigarea gustului pentru gurmanderie (așa cum a fost ea definită de Brillat-Savarin). Arta de a mânca devine sub pana lui o plăcere trăită neapărat cu toate simțurile, dar nu în lipsa culturii; elogiul adus lui Brillat-Savarin pentru fiziologia sa, geneza teoriei gastronomice, m-a făcut să îmi doresc o reluare a lui Brillat, pe care l-am "digerat" ceva mai greu la prima lectură.
La Raison gourmande se propose de répondre positivement à la question de Nietzsche : y a-t-il une philosophie du goût ? Poursuivant la réflexion engagée avec Le ventre des philosophes (1989), Michel Onfray prend ici le parti de réhabiliter les plaisirs de la table et de revendiquer pour la cuisine, «cet art sans musée et sans école», une dignité philosophique comparable à celle des autres arts. La raison gourmande n'est pas un livre pour les goinfres et Michel Onfray n'a que mépris pour l'hédonisme vulgaire du mangeur bourgeois qui «affirme que la question alimentaire n'est pas une question esthétique, qu'elle ne relève pas des beaux-arts et ne saurait, en aucun cas, entretenir une relation de quelque ordre que ce soit avec l'univers artistique». La «gastrosophie» - le mot est de Fourier - est non seulement une esthétique, mais aussi une éthique, matérialiste et hédoniste. Les plaisirs de la table sont des plaisirs partagés et la communauté des commensaux illustre et préfigure ce que pourrait être une sociabilité des plaisirs partagés, sans dominant ni dominé.
Extrait 1:
En quoi le champagne est il une exception dans les vins ? Pourquoi est il ce vin des vins, cette quintessence de ce qui fait les qualités des breuvages de Noé ? Vraisemblablement parce qu'il a toutes les qualités des autres vins sans jamais en avoir un seul défaut. Il est fin, subtil, singulier, puissant, aromatique, léger, il permet la gaieté, la fête, la joie, les ébriétés légères. On ne connaît pas d'ivresses dont serait imputable et qui trahiraient la vulgarité, la grossièreté, l'empire du pire. Ni fade, ni lourd, ni bourgeois, ni peuple, parce que aristocrate il peut se boire avec tous les mets, et les sauces elles-mêmes qu'on peut construire avec son aide ne sont épaisses ni pâteuses: sa présence métamorphose la préparation en lui insufflant une éternelle dose de légèreté. Car les bulles sont la pierre philosophale de la table. En elles résident le style de ce vin, son identité.
Extrait 2:
... il me semble que la preuve du monde, c'est le champagne dont les bulles sont des comètes qui traversent l'espace, des étoiles qui flambent dans le cosmos, des forces qui strient sur le mode lumineux les ciels contenus dans des coupes de verre.
Liberté, Égalité, Fraternité, la bonne bouffe et savoir vivre. Avec une loupe très puissante Michel Onfray explore le bonheur des sens olfactif, odorat et le toucher. Il commence avec les bulles de Dom Pérignon, et le voyage nous amène loin.
Épopée philo-culinaire; des expériences enjouées d’un Grimod au courant Eat-Art, ce livre traite avant tout d’une tentative de dressage de la nourriture. Avec Onfray, la question gastronomique devient une question esthétique et philosophique : « la cuisine relève des beaux-arts, des pratiques culturelles d’une civilisation et d’une époque. » (p. 154.)
Éloge du champagne – apologie de la griserie dans la mesure où « l’euphorie consubstantielle à cet état dénonce sa parenté étymologique avec l’eudémonisme : le bon démon. » (p. 89.) Onfray loue les potentialités dionysiaques propres à l’alcool, dévoilant l’individu à lui-même. « L’enfant ignore la pudeur et la réserve, la tyrannie de la raison et le poids des conventions. Celui qui a bu aussi. » (p. 92).
De l’apoplexie bourgeoise au besoin d’ingérer des cadavres pour permettre au corps, mécanique entropique de perdurer, la cuisine est l’art d’une nécrophagie nécessaire sublimée.
Onfray procède in fine à une déconstruction systématique de l’assiette Futuriste: la cuisine de Marinetti et Fillia appelle à l’avènement d’un homme composite, « fait de chair, de sang et de métal, une machine désirante, un corps sans organe avant l’heure. » (p. 218.) On connaît déjà le penchant bionique de l’auteur: « sculpture de soi », « fééries anatomiques », éloge de l'artifice contre la nature. Le matérialisme passionné d’Onfray atteint pourtant des limites avec un Futurisme, ce nihilisme de l’espérance, ici dépeint comme hédonisme post-humain. « Un autre homme, un autre corps sont voulus pour une autre histoire, un autre destin dans lesquels la vie et l’art son réconciliés. » (p. 223.)
Or, l’art se trouve ici écroué, au service d’un projet démiurgique, d’un social-darwinisme high-tech. Le Futurisme comme barbarie technologiste annonçant l’avènement d’une Maïté-cyborg et son Pouletfiat; poulet farci de billes d’aciers, surplombé d’une tête de coq greffée - Frankensteinisation de l’assiette…
A travers l’œuvre d’un Spoerri et sa cuisine transgressive, Onfray parvient toutefois à prouver combien la nourriture est un système de signes à l’intérieur duquel fonctionnent des codes extrêmement bien intégrés, relatant en cela du coefficient moral des aliments, et d’une dimension politique à l’acte culinaire, à la pratique gustative. (p. 230.)
Un livre très intéressant sur la philosophie et la gastronomie. J'ai moins aimé le chapitre sur le champagne mais on se régale du reste. Le prologue en particulier est superbement écrit.