3.5 étoiles
« Les Heures Défuntes » est un de ces récits singuliers et brillants que l’on n’a pas l’habitude de lire.
La narratrice vit à demi dans son esprit et à demi dans la sensation du corps, mais n’est jamais active (physiquement) dans ce récit. Elle partage ses réflexions sur l’art, sur la société, sur le monde et sur elle-même, ses idées oscillant sans cesse entre rêve (éveillé ou non) et fiction, et journal intime où elle se réfugie. Tout prend place dans son cerveau.
C’est un récit brillant qui repousse les limites de l’inconscient et qui explore le cheminement et le flux des pensées, les réflexions les plus profondes et les rêves. La narratrice nous tient par la main dans ce voyage introspectif, entre onirisme et critique avisée du monde.
On y retrouve des réflexions éclairées sur l’art et sur ce qu’il signifie, ce qu’il évoque et comment il peut s’imprimer d’une manière plus intime dans un esprit, dans un corps, comment il peut être l’excroissance logique et sensible du corps et de ce dont on n’a pas conscience au fond de nous. La catharsis de l’art.
C’est l’occasion de porter attention à l’art underground et tous ces artistes « cachés » qui parlent une langue étrange et décalée, utilisent l’art comme un pharmakon, une seconde peau qui découle naturellement d’eux. On a envie de les découvrir après qu’Alice Butterlin a scanné leur création comme une sorte de fatalité, une muse naturelle imprimée en eux et qui donne une forme aux paysages intérieurs que l’industrie de la musique tente de maîtriser, de capitaliser et de standardiser.
C’est une littérature puissante, poétique, riche d’images, de symboles et de métaphores. La langue d’Alice Butterlin s’imprime comme du slam qui nous emmène dans le tourbillon névrosé, imaginaire et pop de la narratrice, et qui continue à nous bercer une fois le livre refermé. Elle nous invite à redéfinir notre vision du monde.