Une mauvaise herbe entre deux plaques de bitume. Le soleil printanier chauffant les pommettes. Une voiture brûlée dans un décor intact. Une maison en cours de réfection. Le lit d’une rivière redessinant ses contours. Viser une cible en plein centre. Viser une cible à côté. Marcher dans l’eau. S’entendre raconter une vie qui n’est pas la sienne. Être tenté de l’essayer pour voir ce qu’elle a de si désirable. Prendre une photo qui ne parlera qu’à soi. Attendre. Déblayer un chemin. Trouver une clairière. S’asseoir. Choisir sa route. La tension dans les muscles. Faire la course. Distinguer les couleurs. Trouver une personne belle. Le lui dire. S’installer près de l’eau. Écouter les histoires. Prendre le visage des autres. Se glisser dans leur peau. Vivance.
David Lopez est né en 1985. Vivance est son deuxième roman, après Fief (Seuil, 2017), prix du Livre Inter 2018, qui a connu un large succès critique et public.
David López est un écrivain français né en 1985. Son premier roman, Fief, a été publié en 2017 aux éditions du Seuil. Pour cet ouvrage, il a remporté le prix du Livre Inter en 2018. Plus jeune écrivain présenté cette année, il a remporté la compétition après quatre heures de délibérations et deux tours de scrutin. David López a débuté l'écriture de Fief en 2013, en suivant le Master Création littéraire de l’université Vincennes-Seine-Saint-Denis-Paris-VIII. Fief évoque la jeunesse, la langue que parlent les jeunes, la banlieue. Le personnage principal s'appelle Jonas. L'ouvrage parle de lui, de sa bande de potes, de son territoire entre ville et campagne, en zone « périurbaine ». L'auteur explique dans un portrait publié par Télérama que ce qu'il cherche dans Fief, c'est écrire "ce qu’on fait quand on ne fait rien". David López a pratiqué la boxe, le rap et réside à Nemours.
Lu dans le cadre du Prix Horizon qui récompense une deuxième roman.
J'avoue que le début du roman est déstabilisant, j'ai cherché à comprendre où l'auteur voulait nous mener, une écriture particulière sans paragraphe. Des phrases courtes, certaines sans verbe. Le narrateur anonyme décrit les choses de la vie, ses perceptions comme s'il se parlait à lui-même en décrivant son quotidien. Très vite j'ai été prise par la musique de l'écriture, sa poésie et j'ai adhéré au récit que j'ai au final beaucoup aimé.
Le narrateur repeint sa maison, pas comme tout le monde non !, avec un petit pinceau. Etrange, vous ne trouvez pas ? En fait il a le temps, il prend son temps dans une vie contemplative, Renata l'a quitté, il lui reste Cassius son chat et puis Denis son ancien voisin lui rend visite. La vie passe lentement, jusqu'au jour où il y a des inondations dans la vallée, Cassius disparaît, il doit le retrouver, il enfourche "Séville" - c'est le nom de son vélo - pour partir à sa recherche et sillonne les chemins en oubliant qu'il le cherche.
Il va sillonner la plaine, la vallée et la montagne, un peu comme les hauts et les bas de la vie sur sa bicyclette. Il nous décrit sa fuite, son errance, les rencontres, tout et puis Etienne chez qui on ne sait pourquoi il s'est arrêté. Dans son road-trip cycliste il nous décrit les choses de la vie, ce qu'il voit; les paysages, les lieux, les terrasses de café, ses rencontres, le quotidien...
C'est l'histoire d'une fuite pour tromper l'ennui mais aussi d'une solitude, de la façon d'être au monde. Un récit qui contient beaucoup d'humanité. L'écriture désarçonne au début mais elle a quelque chose de puissant, poétique, pas de dialogues mais le sentiment d'entendre l'oralité dans ce monologue intérieur.
Ma note : 8.5/10
Les jolies phrases
Jamais je n’avais entendu parler de l’eau en ces termes. L’eau n’avait jamais été autre chose que celle que l’on met en bouteille, celle qu’on se passe à table, celle dont on règle la température avant d’entrer dans la douche, celle dans laquelle on se baigne. Elle est bonne l’eau ?, un peu fraîche au début mais une fois que t’es dedans tu t’habitues. Cette fois j’ai entendu des phrases comme l’eau arrive, tu ne peux pas aller là-bas, il y a l’eau qui barre la route, l’eau est entrée dans la résidence, l’eau a empêché mon mari de garer la voiture dans la cour. Cette eau je ne la connaissais pas. Elle décide. Elle dispose. Emporte tout, et laisse sa trace.
Dans la nature le meurtre est légitime. La culpabilité n'existe pas. La cruauté, il ajoute, non plus.
Pour ça qu'il a aimé toute sa vie? Toute sa vie de vivant, il dit. Depuis qu'il n'a plus personne à aimer il a perdu le fil de son existence.
Au final peu importe comment qu'on le voit, ce qui compte c'est qu'on soit d'accord sur le terme, celui qu'on a tous appris. Ça nous fait croire qu'on voit tous pareil, et même qu'on a des outils pour le vérifier.
Le personnage et narrateur part pour retrouver son chat à vélo à la suite d’une crue du cours d’eau dans la ville. Mais cette recherche à vélo se transforme en recherche de soi et des autres. Sans jamais connaitre son prénom, l’Ancien nous emporte dans son sac pour retrouver Cassius au cours de chapitres qui se reflètent et se répondent, comme un voyage sur une route sans fin, toujours la même vision du béton, l’asphalte qui défile jusqu’au bout.
Comme tous les nouveaux romans, l’aventure de l’écriture est importante, je l’ai beaucoup aimée. Le style est clair et précis, parfois tantôt passionnant qu’ennuyant.
Un peu longuet, l’histoire se répète parfois au cours du voyage du narrateur qui fait des kilomètres de route tous les jours qui peuvent parfois s’avérer long pour le lecteur.
Meh. J’en attendais peut-être un peu trop pour ce livre au vu du résumé qui m’a attirée par son aspect frénétique que j’ai adoré. J’étais triste de ne pas le retrouver dans le livre par la suite.
J’ai eu un peu de mal à trouver la voix du narrateur : c’est assez inégal, parfois trop déconstruit pour être vraiment enchanteur, et je retiens de l’expérience une tentative d’aller plus loin qui échoue un peu.
Peut-être aussi que je suis un peu lassée de ce style contemporain qui ne semble plus briller par son originalité et auquel David Lopez a manqué ici de redorer le blason.
Une lecture facilement oubliable à mon avis. Dommage.
Au début on est perplexe et on se demande où l'auteur veut nous emmener. Et puis on se laisse prendre dans sa roue, on sue et souffre avec lui sur les routes et les cols. Une quête qui n'en est pas vraiment une, un parcours chaotique qui finit par séduire et nous emmène sur les traces de ce clochard céleste si attachant.