Est-ce qu’on me pardonnera d’avoir été aimée à ce point ? se demande la narratrice. Est-ce qu’on lui pardonnera la chance inouïe d’avoir passé les vingt-trois premières années de sa vie au « Val de Grâce » ? Comment oublier 200 mètres carrés dans un immeuble haussmanien, rue du Val de Grâce, au cœur de la capitale ? Comment oublier les odeurs, le toucher d’un appartement dont on connaît le moindre recoin, la moindre éraflure ? Les nombreux meubles, l’accumulation des objets, l’originalité des décors, le papier doré et argenté des murs ? Comment oublier l’enfance heureuse, préservée, qui donne droit à tout : aux confiseries et à la boulangerie à compte ouvert ; à la patience de Madame Jacqueline ; aux rêves de princesse de contes de fées ? Au Val de Grâce, tout devient beau, tout y est magique. Tout paraît éternel. Les enfants ne voient pas le manque d’argent. L’usure, le temps qui passe. On ne leur raconte pas la douloureuse histoire familiale, les parents juifs immigrés fuyant la Shoah. Mais cette histoire a son terme au bout de vingt ans. La disparition de la mère sonne la dernière fête, puis la liquidation du Val de Grâce. C’est l’enfance qui s’en va, les traces des parents, les souvenirs joyeux. Chez soi, en soi, on conserve un mini Val de Grâce, de précieuses reliques. Un jour, alors que la vie est en miettes, on comprend qu’il faut liquider Val de Grâce, le faire revivre une dernière fois pour mieux refermer la porte sur le passé.
Colombe Schneck is documentary film director, a journalist, and the author of twelve books of fiction and nonfiction. She has received prizes from the Académie française, Madame Figaro, and the Société des gens de lettres. The recipient of a scholarship from the Villa Medici in Rome as well as a Stendhal grant from the Institut français, she was born and educated in Paris, where she still lives.
Colombe Schneck nous raconte comment elle a, après la mort de sa maman, vendu la maison (l'appartement) de son enfance et les souvenirs lui reviennent après les six derniers mois (qu'elle vient de passer à accompagner sa mère condamnée par une tumeur au cerveau et) dont elle ne garde aucun souvenir. Elle nous raconte son enfance gâtée, hors norme, libre, en dehors de la réalité, heureuse... mais à travers son récit on sent les fêlures, les craquements qui sont apparus peu à peu. Elle nous raconte aussi son appartement à travers les cinq sens, et j'ai trouvé cela formidable. J'ai adoré son écriture fluide et intense.
Pas vraiment mal écrit, mais le fond est franchement barbant. En résumé : "j'ai vécu ma jeunessse dans un grand appartement bourgeois, qu'est-ce qu'on y était bien, tralala youkaïdi". Heureusement ça n'est pas très long à lire, mais on est quand même obligé de se taper les multiples descriptions de l'appartement et des manies de ses occupants (maman fume des cigarettes sans filtre en téléphonant à la voisine, ouah, fascinant).
Très beau texte, qui exprime bien à la fois le sentiment de vide à la mort d'être cher et la capacité d'un lieu à être acquérir une personnalité en fonction de ceux qui y vivent.