La gloire des vrais poètes est lente, discrète et chaleureuse comme une braise inextinguible, qui habite d'abord le coeur de quelques-uns, puis se propage de proche en proche et de génération en génération pour toujours plus enrichir et réchauffer les meilleurs. Plus intime que toutes, celle de Novalis aura mis un siècle à s'épanouir, deux pour quitter sa langue et arriver jusqu'à nous, beaucoup plus proche et plus vivante dans sa magie, plus efficace et plus utile à l'âme que tant de voix contemporaines déracinées de leur éternité par la rage de l'actualité. L'audiovisuel tambourine, pétarade, multipliant ses agressions et ses violences ; mais entre le lecteur et ce qui est écrit, même si l'on feint de l'ignorer, il y a un pacte de silence qui est le chemin le plus sûr, la voie de toutes les reconquêtes ; car "le chemin mystérieux va vers l'intérieur", mène vers le dedans. L'univers est en nous, et dehors, il n'y a que l'orage des apparences. "Là où il n'y a plus de dieux, règnent les spectres." Esprit de haute précision, d'une curiosité intellectuelle extraordinaire, Novalis, de 1772 à 1802, n'aura eu que vingt-neuf ans pour disposer de son génie, inaugurer et fonder le romantisme, s'initier à l'invisible et opérer cette prodigieuse conversion à la mort (quand il perdit sa bien-aimée) qui lui ouvrit les portes des grands mystères, et lui permit de nous laisser le pur diamant de son Œuvre, réunie ici en français pour la première fois : une oeuvre où bien souvent les mots, réconciliés soudain avec leur vrai destin spirituel, prennent un accent et acquièrent un pouvoir unique dans l'histoire des littératures, ont une force de pénétration et un retentissement auxquels il suffit de se prêter pour découvrir soi-même, tout simplement, des perspectives nouvelles, immenses et géniales, à son tour. Lire Novalis ne peut rien apporter à sa gloire : c'est se faire honneur à soi-même et c'est se rendre un bienfait. Quiconque le mérite, en effet, est devenu un autre en quittant sa lecture, et cet " autre " ressemble beaucoup plus à celui que chacun se doit d'être.
Novalis was the pseudonym of Georg Philipp Friedrich Freiherr von Hardenberg, an author and philosopher of early German Romanticism.
His poetry and writings were an influence on Hermann Hesse. Novalis was also a huge influence on George MacDonald, and so indirectly on C.S. Lewis, the Inklings, and the whole modern fantasy genre.
Novalis s’impose pour moi comme la figure idéal-typique du romantisme. D’abord, il ne se limite pas à une application particulière du romantisme, mais en part pour embrasser en une même perspective aussi bien l’art, que la philosophie, la religion, la science et la politique. D’autre part, il est doté d’une sensibilité exceptionnelle et d’une capacité à mettre son lecteur en état de la percevoir hors du commun. Quoi de mieux pour un romantique? Enfin, il meurt à vingt-neuf ans, avant que le temps ait pu freiner ses élans idéalistes par quelques déceptions, nous laissant essentiellement des travaux inachevés, dont les aspérités sentimentales n’ont pu être aplanies par l’auteur avant publication. Après quelques pages qui m’ont d’abord étonnées et amusées, je me suis tout naturellement laissé entraîné entre rêve et réalité dans cette histoire de voyage entrecoupée de légendes, de contes, de chansons et de poèmes qu’est Henri d’Ofterdingen. Il s’en dégage une telle fraîcheur, une telle profondeur qu’on veut bien se prêter à regarder d’un bon œil plusieurs passages qui seraient parfaitement ridicules partout ailleurs. J’ai aussi ressenti la même impression en lisant ses Chants religieux, ses Hymnes à la nuit, ses Pollens. Le lire, c’est un véritable bonheur pour quiconque aime lire et philosopher.