Alexandrin tire des bords, entre ville et campagne, et file les vers en échange de menue monnaie. Une vie qui ne rime presque à rien, jusqu'à sa rencontre avec un jeune garçon qui a fui sa famille. Rimes spontanées et slam naturel. "Plus qu'un exercice, c'est une discipline, pour que les mots glissent il faut que l'esprit chemine". Une rencontre poétique qui laisse une empreinte certaine.
Un enchantement minutieux et poétique où (l') Alexandrin est roi. Roi de cette vie choisie, difficile mais en accord avec lui-même jusqu'à l'expression rimée de ses pensées qui traduisent les petits bonheurs simples de la vie. Alexandrin, dont la prestance est inégalable, fait du porte à porte poétique pour survivre dans la rue. On observe son espièglerie, son art de la déduction et son éloquence. Avec lui, nous entrons dans son quotidien par des dessins qui montrent l'agitation des citadins et de la ville, antithétiques de cette figure gracieuse et douce. Jusqu'à ce que Kévin, jeune fugueur, le rencontre. Peu à peu, ils vont se connaître et partager le quotidien et le phrasé musical d'Alexandrin, qui quitte la solitude et bientôt la ville pour des péripéties humaines et enrichissantes, pour l'un et l'autre... mais le chamboulement du quotidien et certaines décisions réapparaissent et vont marquer la destinée de ces deux pèlerins dont le slam ravit grands et petits, et même la nature aussi.
Un ouvrage étrange, qui tient du conte mais cherche à s'ancrer dans la réalité. Du coup on est sur une ligne un peu étrange avec un gamin qui se met à rimer sans effort, un rappel à la réalité qui ne l'est pas vraiment (ils s'abaissent à collecter des pommes, pas à bosser à la chaîne) et une vie de vagabond où l'on ne semble jamais avoir froid, ni faim.
La fin, une opportunité manquée est d'une étonnante et plaisante cruauté, le gravage dans l'écorce de citations me rappelant les statuts Facebook de ma tante Jeanine beaucoup moins. J'ai passé un bon moment mais mon amour de la rime n'a pas été transporté par leur richesse.
Une bande dessinée tout en rimes... et oui, en rimes. Même certaines illustrations le sont...
Une belle histoire simple qui illustre bien que malgré le passage du temps, la poésie demeure et laisse des traces autant en rimes que sur les humains.