L'art contemporain semble s'être toujours présenté en rupture avec les mouvements artistiques passés. Et si cette rupture n'était qu'un mythe ? Il existe un autre art contemporain, pour lequel les notions de beauté, de figuration ou même d'œuvre ont persisté. Une tradition délaissée par les institutions, une cohorte d'artistes incompris, connus d'un petit milieu mais ignorés des grands collectionneurs. Dans cet essai vif et brillant, Benjamin Olivennes retrace l'histoire d'un autre XXe siècle artistique, à rebours des normes et des spéculations financières. Et rend hommage à ces artistes maudits, comme jadis, mais amoureux du monde et de sa beauté. Agrégé de philosophie, Benjamin Olivennes est doctorant à l’université de Columbia. L’Autre Art contemporain est son premier livre.
Voici un petit livre assez tonique et complètement à charge envers une certain forme d'art contemporain, à savoir celui des avant-gardes. L'auteur aime l'art, c'est évident, il parle avec respect d'une certaine catégorie d'art mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'une autre ne trouve pas vraiment grace à ses yeux. Il m'a un peu fait penser au personnage de Marc dans la pièce Art de Yasmina Reza.
La première des vertus de ce livre est de réhabiliter, pour certains de faire connaître (je ne suis absolument pas un connaisseur en art contemporain, loin de là) les artistes de maintenant qu'il admire : certains d'entre eux, je ne les connais pas comme Sécheret, ou Sam Szafran, d'autres sont beaucoup plus connus comme Lucian Freud ou Giacometti. En revanche, il n'a pas de mots assez durs pour ceux qui, estime-t-il, ne jouent que sur la provocation et la publicité bien ciblée, à commencer par Warhol et les artistes du pop art et surtout les young British artists de Charles Saatchi tel Jeff Koons, Anish Kapoor ou Damian Hirst. En toute honnêteté, et bien que j'essaie toujours d'avoir un peu de recul vis à vis de ce style pamphlétaire, je dois admettre que je suis dans les grandes lignes d'accord avec lui. En gros, Olivennes estime que l'art ne peut vraiment s'abstenir de la figuration et que ceux qui s'essaient à l'abtraction et persévèrent dans cette direction en créant une nouvelle "école" avec bien entendu un nouveau "manifeste" ne sont que des Tartuffe. Il se permet même d'égratigner des statues du commandeur comme Pollock, Rothko, Mondrian et même le Duchamp des readymade. Picasso, le Picasso tardif, s'en sort de justesse.
Le livre est plaisant à lire, jubilatoire parfois, érudit - j'aime assez les références, les comparaisons qu'il fait avec les écoles de la peinture classique - et je dois admettre que cela fait plaisir de voir quelqu'un oser dire du mal de gens qui sont en général portés au pinacle sans vraiment que je sache pourquoi (Jeff Koons ou Christo par exemple). Maintenant, le livre a les défauts de tous les pamphlets, aussi brillants soient-ils. Pour ceux que le sujet intéresse, on n'a qu'un aspect du problème et si on veut vraiment le cerner, il faudrait donner la parole à la défense. Cela n'empêche pas ce livre d'étre captivant et assez roboratif.
Un avis qui tranche avec le discours dominant (c'est le principe du livre !), agréable et rafraîchissant même si je suis loin d'être d'accord avec tout!