Isabelle est une amie attentive et une intellectuelle féministe respectée qui défend le droit des femmes à décider pour elles-mêmes. Auprès des siens comme en public, on fait appel à son jugement, on l'écoute. Mais la jeune Alice, qui surgit un jour dans son bureau, n'est pas dupe: derrière les idées, il y a la chair, et la violence qui s'y imprime; le corps de nos soeurs est l'objet de toutes les convoitises, de toutes les transactions.
Dans l'industrie du sexe comme dans les dédales du couple et de la maternité, les rapports de domination sont omniprésents. Et si la parole et l'écriture sont sans doute un baume pour les coeurs meurtris, il faudra d'abord passer par la colère et exiger des réponses à l'infinie douleur des femmes.
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Véronique Côté est dramaturge, metteuse en scène et comédienne. Elle met ses mots et son talent au service des questions brulantes qui nous concernent tous et toutes.
Un passage coup de cœur, qui résume bien l’entièreté des thèmes abordés : « Je suis épuisée qu’on puisse pas parler à partir de cette place-là, de cette douleur-là, comme si ca invalidait ce qu’on dit, de s’exprimer à partir aussi d’un sentiment, d’une émotion, de quelque chose de vivant. Ma peine pis ma colère, en ce moment, c’est les affaires les plus vraies que j’ai en moi. »
Oeuvre coup de poing que j'ai lu après Faire corps : Guerre et paix autour de la prostitution en tant que finalité. Quel texte! Je ne pourrais en citer qu'une seule partie tellement les mots sont forts. J'ai parfois relu à voix haute certaines scènes, pour bien entendre toute leur efficacité (comme la scène qui débute à la page 65, je ne donne pas le titre pour ne pas trop en révéler).
La force de ce récit, c'est de combiner l'intellect et l'émotif. L'autrice laisse toute la place aux idées, au discours intellectuel, mais elle n'évacue pas l'émotion, l'expérience. On l'entend, toute crue, cette émotion: "Je suis épuisée qu'on puisse pas parler à partir de cette place-là, de cette douleur-là, comme si ça invalidait ce qu'on dit, de s'exprimer à partir aussi d'un sentiment, d'une émotion, de quelque chose de vivant. Ma peine pis ma colère, en ce moment, c'est les affaires les plus vraies que j'ai en moi. Je le sais, qu'on peut pas réfléchir le monde juste à partir de là. Mais on peut faire une place pour ça dans le portrait global." (p.93)
En plus de la prostitution, la pièce aborde également d'autres enjeux où nos pensées et nos émotions s'entrechoquent. C'est un texte très riche. Et la force, une pièce de théâtre, permet d'aller au plus près de l'humain, du réel. Il me reste à la voir maintenant. Pour mieux l'entendre encore.
"féministe pas féministe ton choix pas ton choix y a rien de ça qui sera d'un grand secours y paye: y a le droit." (p.64)
Dans les plus petits détails dans toutes les choses ordinaires qui traversent nos vies. La carte de crédit. Les taux d'intérêt. Les vêtements. La nourriture. Nos téléphones."
Une pièce de théâtre qui se lit super bien, qui amènent des réflexions sur le travail du sexe, entre abolitionniste, féminisme et non abolitionniste. Les personnages vivent de la violence de près ou de loin en lien avec ce sujet, à travers des moments de sororité.
Je suis ici en paix, dans le sens que je ne partage pas les idées du texte, et que c’est peut-être moins percutant que j’aurais aimé. J’ai trouvé l’histoire un peu convenu avec les détours narratifs. Il y aurait eu des façons peut être un peu moins caricaturales de présenter les personnages. Mais bon, comme je le disais avec l’essai il faut du courage pour prendre position à contre courant de la pensée dominante, surtout en féminisme. Elles sont très dures avec les personnes qui ne partagent pas leur point de vue. En ce sens, la sensibilité derrière la pièce sauve la mise, elle offre un acte de paix dans ce débat difficile.
Une piece de théatre, une histoire fictive raconté par deux femmes qui ont zero experience direct avec le travail du sexe, mais qui font la promotion d'une attitude moralisatrice contre le travail du sexe, et qui renforcent les stéreotypes erronnés de ce métier. Nous avons organisé une action militante le premier soir pour interrompre le spectacle.
Wowowo je m’attendais pas à ça. Ça m’a donné des frissons, ça m’a fait l’effet d’un pansement qu’on retire doucement. C’est décrissant mais apaisant et beau en même temps. Gros COUP de COEUR.