« I change myself, I change the world », soutient Gloria Anzaldúa dans Borderlands/La Frontera. C’est dans la foulée de leur lecture des travaux de la théoricienne chicana que Nicholas Dawson et Karine Rosso se sont rencontré·e·s pour écrire Nous sommes un continent, cette correspondance mestiza au potentiel transformateur. Ancrées dans leur pratique d’écriture et dans leur appartenance au milieu universitaire montréalais, les lettres échangées par Karine et Nicholas sont, comme l’explique Pierre-Luc Landry dans sa préface, une main tendue, une invitation, un engagement : l’autrice et l’auteur ne parlent pas en vase clos ou dans une chambre d’écho, mais s’adressent plutôt au vaste monde.
Je viens de terminer ma lecture de « Nous sommes un continent : Correspondance Mestiza. Je ressens un vide intérieur à l’idée que j’ai terminé ma lecture de ces correspondances. Je recommande fortement cet ouvrage qui s’inscrit dans le courant intersectionnel que notre société a besoin. Étant moi-même issue d’une double-identité (Québec-Algérie), je me suis reconnue dans chaque phrase. Toutes les réflexions cultivées étaient un baume sur mon coeur et les expressions employées pour aborder la frontière entre deux cultures, spécifiquement le mélange entre une culture coloniale et une colonisée, étaient non seulement adéquates, mais les meilleures pour décrire les spécificités de cette situation particulière. Je n’aurais pas cru que la langue française permettrait de si bien décrire ce que mon coeur a toujours ressenti. Je suis également en accord avec les auteurs d’avoir utilisé trois langues (le français, l’espagnol et l’anglais) par moment. En plus de donner de la force au texte, je pense que cela a permis de mieux décrire en profondeur et précision les propos qui voulaient être apportés. Plus de langues = plus grand champ lexical à la disposition des auteurs. Comme je suis fluide dans ces trois langues, la lecture ne m’a alors pas posé problème, mais je ne suis pas en mesure de dire si ma lecture, compréhension et appréciation auraient été différentes si je ne parlais pas espagnol.
"Tout ce que nous pouvons, devant ces sentiments d'injustice, de nostalgie et de colère, c'est tenter la solidarité, comme tu le dis, écrire la colère, dire la colère, nous rassembler aussi par elle. Et solidairement, la rendre efficace, productrice de sens, créatrice de ponts, de communautés, de diasporas. C'est aussi cela, peut-être, ce continent que nous nous écrivons."
"Tout ce que nous pouvons, devant ces sentiments d'injustice, de nostalgie et de colère, c'est tenter la solidarité, comme tu le dis, écrire la colère, dire la colère, nous rassembler aussi par elle. Et solidairement, la rendre efficace, productrice de sens, créatrice de ponts, de communautés, de diasporas. C'est aussi cela, peut-être, ce continent que nous nous écrivons."
De belles réflexions profondes et documentées empreintes d’une authenticité émouvante. Par sa dimension multilingue, Nous sommes des continents déplie des pans de réalité afin d’éclairer les zones maintenues dans l’ombre de l’hégémonie masculine blanche et hétéronormative.