Jusqu'en 1931, la population rurale était majoritaire en France. La seconde révolution agricole a ensuite soumis les agriculteurs à une constante pression modernisatrice, dans une société de plus en plus ouverte sur l'Europe et sur le monde, de plus en plus centrée sur l'activité des villes et des industries. Face à cette inexorable marginalisation, la profession a su élaborer des modes de protestation spécifiques, essentiellement axés sur les mobilisations collectives et le recours à l'action directe. C'est la construction de ce modèle original de la manifestation paysanne qu'Édouard Lynch analyse ici, depuis la révolte de 1907 jusqu'aux nouveaux enjeux de l'agriculture, en passant par la tentation fascisante des années 1930, l'activisme des jeunes modernisateurs des années 1960, et mai 68. Défilés, assauts contre des bâtiments officiels, barrages de routes, destruction de denrées : à chaque fois, il s'agit tout autant d'occuper l'espace public et médiatique que d'user de violence contre les biens, dans le cadre d'une relation ambivalente avec l'État, les forces politiques et l'opinion. Des buts, des stratégies, des techniques dont les modalités résonnent au plus près des mouvements sociaux d'aujourd'hui.
Cet ouvrage, comme son titre l'indique très clairement, est centré sur l'utilisation de la violence par la paysannerie tout au long du XXème siècle. L'auteur s'applique à conceptualiser l'ensemble au travers d'une succession d'évolutions au fil du temps et l'ensemble s'avère très bien documenté et convaincant. Je regrette un peu cependant l'aridité de la démonstration s'appuyant selon moi trop peu sur certains événements concrets importants simplement effleurés.