« Il y a, d’un côté, la vie qui s’écoule avec un commencement et une fin, et de l’autre, la vie qui fait la singularité humaine parce qu’elle peut être racontée. On pourrait ainsi parler de vie biologique et de vie biographique. L’espérance de vie mesure l’étendue de la première. L’histoire de vie relate la richesse de la seconde. L’inégalité des vies ne peut être appréhendée que dans la reconnaissance des deux. Elle doit à la fois les distinguer et les connecter. Les distinguer, car le paradoxe des femmes françaises montre qu’une vie longue ne suffit pas à garantir une vie bonne. Les connecter, car l’expérience des hommes afro-américains rappelle qu’une vie dévalorisée finit par produire une vie abîmée. C’est ainsi que se pose également la question des réfugiés et des migrants. »
Didier Fassin is a French anthropologist and sociologist. He is currently the James D. Wolfensohn Professor of Social Science at the Institute for Advanced Study in Princeton and holds a Direction of Studies in Political and Moral Anthropology at the École des Hautes Études en Sciences Sociales in Paris.
Ultra basique, tres accessible théoriquement mais bourré de références, éclectique et éclairant. Je connais pas une seule personne à qui la lecture ne serait pas profitable, y compris (surtout) en santé publique dont les meilleurs enseignants et étudiants sont souvent incapables de comprendre l'importance des sciences sociales
Je crois que c'est le premier ouvrage auquel je donne 5 étoiles sans hésitation. C'est court, percutant, documenté et...passionné bien que très posé, ce qui est pour moi un tour de force. Didier Fassin montre que l'anthropologie et la santé publique se complètent admirablement quand il s'agit de comprendre le problème de l'inégalité; il fournit du contexte aux chiffres, de l'humanité aux statistiques. Reste à espérer que cette formidable démonstration tombe dans les "bonnes oreilles" pour que des actes significatifs soient posés... Quoi qu'il en soit, merci, monsieur Fassin!