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Un vieux doit-il se marier ?

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Un vieux doit-il se marier ? Et avec un jeune femme ? Ces questions que se pose Poggio Bracciolini sont un serpent de mer encore bien vivant. Ce serpent, fin 97 encore, reparut dans la lagune de Venise à l'occasion du mariage de Woody Allen. Les journaux italiens titraient : "Un si fatidico". Fatidique ? Reste à savoir pour qui.

Au XVe siècle, la différence d'âge entre les époux choque les esprits, et le discours populaire avance des arguments pécuniaires pour justifier une union qui contrevient à l'ordre social, dans laquelle l'amour est non seulement impossible, mais encore impensable. Le barbon amoureux, guetté par l'épuisement ou l'impuissance, est un personnage de comédie.

A 55 ans, ce célibataire endurci qu'est Le Pogge (Poggio), "vieillard" encore bien facétieux qui figure à l'Index, décide de s'unir à une jeune fille : elle est belle, elle est riche, il est célèbre. Vont-ils être heureux et avoir beaucoup d'enfants ? Voici, de 1436, des nouvelles d'une actualité brûlante, d'un homme qui sut mettre un peu d'art dans sa vie et un peu de vie dans son art.

Ce livre s'adresse à ceux qui veulent se marier, à ceux qui refusent de le faire, et à ceux qui l'ont déjà fait.

176 pages, Paperback

First published June 1, 1998

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Le Pogge

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May 3, 2016

Aristote et Phyllis


Le Pogge (1380-1457), auteur de ce texte, est un homme hors du commun: nous lui devons de pouvoir lire bon nombre des œuvres de Plaute, Ciceron, Lucrèce, Quintilien, Columelle, Frontin, Amelien Marcelin et Pétrone grâce à son industrieuse application à chasser les manuscrits dispersés dans divers monastères à travers l'Europe. A dix huit ans, il se rend à Florence et étudie le latin avec Jean de Ravenne, et peut-être le grec, et devient l'élève de l'humaniste Collucio Salutati qui l'initie à la recherche de manuscrits.



Il a travaillé cinquante et un ans à la cour papale. Entre 1403 et 1417, la situation est houleuse à la Curie, car le Grand Schisme a commencé deux ans avant, alors que les cardinaux français avaient élu un pape parti en Avignon. A cette époque, les querelles théologiques se réglaient en armes, et menaçaient la sécurité des villes. En 1416, il part à Bade en Suisse, puis commence peu après sa chasse aux manuscrits en visitant les abbayes de Saint-Gall, Fulda, Langre, Cluny, Murbach. Lors de son retour à Rome en 1422, il commence à écrire: Sur l'Avarice (1429), Sur les Aléas de la fortune (1431), De Nobilitate (1440), Contra Hypocritas (1447-1148), mine d'anecdotes anticléricales, Propos de table contradictoires (1450), et les Facéties(1438-1452, son best-seller.



Il se marie en 1436 à Florence avec une beauté de dix-huit ans, la jeune Vaggia de Buondelmonti (il a alors 56 ans), et publie la même année Un vieux doit-il se marier? dédié à Cosme. L'argument est né, non pas comme il présente dans le texte d'une conversation avec ses amis qui le pressaient de mettre fin à un concubinage scandaleux et le pressait de se marier, mais d'une lettre de Gasparine Barzizza envoyée en 1431 pour le féliciter de sa guérison de la peste, et dans laquelle il faisait un tableau honorifique de la vie conjugale. Le texte est écrit sur le modèle des dialogues philosophiques de Cicéron, comme un dialogue entre trois amis, dans une atmosphère joviale de convivialité et de gaieté.

C'est que jusqu'ici, le Poge avait passé sa vie dans le péché avec sa servante-concubine, une certaine Lucia qui lui a laissé quatorze enfants. Cela lui avait valu une lettre de reproche du cardinal de Saint-Ange à laquelle il avait répondu:

Vous me dites que j'ai des enfants, ce qui ne convient pas à un homme d'église, que je ne suis pas marié, ce qui est déshonorant pour un laïc. Je peux répondre que j'ai des enfants, ce qui est normal pour un laïc, et pas de femme, ce qui est la coutume des ecclésiastiques depuis le commencement du monde.


Son mariage lui attira des commentaires ironiques de la part de ses proches, et même du pape qui lui donnait ...six mois avant de le regretter, qui raillaient ce célibataire endurci et repenti qui avait soudain revu ses positions. Le thème abordé par Poggio est relativement nouveau dans la littérature, même s'il s'inscrit dans la tradition antique (Economique de Xenophon) et médiévale, ce qu'on appellera la "querelle des femmes" qui blame ou loue tour à tour le sexe féminin. Mais au lieu de s'attacher à la question du mariage comme ses prédécesseurs, c'est la place accordée à l'amour dans cette union conjugale qui a là une place étonnante, à une époque où les deux ne vont que rarement de pair. L'amour dans le mariage est une invention moderne: il était suspect, capable de désordres et on ne devait pas aimer sa femme comme une maîtresse. Jusqu'au XIXe siècle, le mariage est question de dette, de devoir, voir d'hygiène.



Ici, Pogge défend une position du juste milieu, ne tarissant pas d'éloges sur la beauté et la jeunesse de sa femme, mais il la présente avant tout comme vertueuse. Il insiste sur les sentiments communs, le respect, la fidélité, le soutien réciproque, et ancre ce dialogue dans l'humanisme civil. Poggio propose dans par l'intermédiaire de son jeune ami Charles Arétin, lui-même marié, une réhabilitation du mariage, critiqué au Moyen Âge, même par Pétrarque et Boccace. Pogge a sans doute inspiré Erasme, féministe avant l'heure, dans ses Colloques, en particulier "Le mariage non-mariage ou l'union mal assortie". Rabelais lui fit beaucoup d'emprunts, en particulier dans son Tiers Livre, "Panurge doit-il se marier".

Cette édition est très riche: outre une solide introduction, des notes qui accompagnent le texte, on trouve toute la correspondance du Pogge relative à cette affaire, dans lesquelles il évoque son mariage avec sa femme, et la naissance de ses enfants. En appendices, on a carrément une énorme collection d'extraits d’œuvres traitant du sujet depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, avec entre autre: une foule d'épigrammes grecques, Ménandre, Rabelais, Ronsard, Montaigne, Corneille, La Fontaine, Molière, La Bruyère, Saint-Simon, Montesquieu, Voltaire, Casanova, Sade, Laclos, Paul Louis Courier, Nerval, Alexandre Dumas et Balzac. Autant dire que ce livre est un régal et qu'il m'a presque convaincu. J'y songerai dès que j'arrêterai de lire.
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