À l’école, quand on nous demandait ce que nos parents faisaient dans la vie, je n’avais rien à répondre, car mes parents ne faisaient rien. Ce n’était pas leur faute. Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient fait un enfant. Ils m’ont eue, mais nous avons failli être deux. Souvent je me dis qu’ensemble il aurait été plus facile de vivre avec eux, d’obéir à ceux qui ne désiraient rien créer. À la place, je suis deux. Je ne peux ni te libérer, ni t’avaler pour de bon. J’ai dû apprendre. J’ai grandi avec toi, je suis partie avec toi, vers une lumière que moi seule arrive à voir. Ce n’est pas juste, mais c’était la seule solution.
C’est doux et triste, de magnifiques poèmes en prose. On dirait que ça parle d’amour, de mort, de famille, de tristesse et de blessures, mais aussi de lente cicatrisation. La première fois que je lisais cette autrice et j’ai bien aimé.
Le beau livre de Beaunoyer est servi par son écriture élégante, ses sautes d'ironie, ses magnifiques atrocités ; mais il m'est apparu au final longuet et sage. Il parle beaucoup de poussière, de traumatismes ; on se croirait pris dans un grenier parmi des photos sales et des vêtements mités dans une maison abandonnée. L'effet est réussi, objectivement ; mais je préfère pour ma part un peu de soleil. Je vieillis, et l'été a été triste.