Cela fait plusieurs années que je veux lire cet ouvrage référence qui approche le droit des étrangers et sa pratique du point de vue sociologique.
La lecture d’un des articles dont est tiré le livre m’a poussé à moi-même passer « de l’autre côté du guichet » d’une préfecture. Cette expérience renforce mon admiration pour la qualité de l’analyse proposée.
En effet, en traversant le guichet, Alexis Spire permet de déconstruire l’image du bloc monolithique de fonctionnaires aigris et racistes qui est parfois légion dans le milieu associatif.
En catégorisant les agents, il permet d’apprehender les contradictions de leur rapport à leur travail dans l’espace de relegation et d’opportunité que constituent ces services.
Il décrit également avec justesse les dynamiques et rapports de force à l’œuvre ainsi que le caractère implacable de la politique du chiffre ainsi que l’impact des parcours sur les décisions individuelles qui dénote avec l’idée d’un service purement démocratique des étrangers.
J’ai toutefois le sensation que les extraits d’entretiens manquent de contexte et d’explications. Ils peuvent avoir l’air de servir uniquement à appuyer les hypothèses de l’auteur.
Sans douter de la rigueur scientifique de l’auteur, le livre - qui s’adresse vraisemblablement à un plus grand public qu’un article de sociologie - m’a paru parfois trop s’appuyer sur une analyse qualitative (l’infiltration et entretiens) et non quantitative.
Enfin, la thèse initiale qui voudrait que l’administration ait pour tâche de saper la partie humaniste que le législateur est contraint d’introduire pour justifier ses projets me paraît insuffisamment développée pour emporter ma complète adhésion.