Les thèses ne manquent pas pour expliquer le surgissement du capitalisme et ses conséquences. Or il se trouve que Dany-Robert Dufour a eu accès à un texte étonnant, complètement oublié ou presque, datant de 1714, de l'époque même où ce système s'est mis en place et qui pourrait considérablement renouveler les analyses permettant de savoir dans quelle galère au juste nous sommes embarqués.
Dany-Robert Dufour is a French philosopher, professor of educational sciences at the university Paris-VIII. He teaches regularly abroad, particularly in Latin America. His main focus is symbolic processes (specially désymbolisation) with relevance to language philosophy, political philosophy and psychoanalysis. He is a frequent participant in cooperative artistic activities with music, literature or theatre. In his books a large portion is dedicated to neoteny and the human physical inability of becoming "full-grown". This has forced humans to invent culture.
Un livre choc, une analyse du capitalisme et de tout ce qu'il engendre terriblement actuels... alors que le texte sur lequel il s'appuie date de trois cents ans...
Un peu de crédit pour Mandeville qui, en plus d’être beau, avait compris la nature humaine 200 ans avant Freud. Malheureusement pour lui, il a trop ouvert sa gueule dans une France défenseuse de la morale chrétienne.
Dany-Robert Dufour témoigne de la grandeur des "Recherches sur l'origine de la vertu morale" et de son influence, de Smith jusqu’à Nixon, en passant par Lacan et bien d’autres. En effet, ce “médecin de l’âme” (et premier penseur libéral ?) verra ses concepts être repris par des célébrités comme Adam Smith, prenant soin de remplacer les termes non tolérés par des synonymes plus acceptables (par exemple: “self love” plutôt que “vices”).
Bien que la conclusion de l’essai puisse paraître évidente pour un anti-capitaliste comme Monsieur Dufour : "Ce pervers mandevillien, il ne gâche pas son talent en s’épuisant dans de vains petits jeux sexuels puisqu’il est capable de voir beaucoup plus loin que le bout de son pénis. Pourquoi en effet s’en tiendrait-il à ses génitoires quand il peut jouir sans limite de toute la terre et baiser le monde entier ?". Nous vivrions dans un capitalisme de connivence: les “very worse of them” flattent pour gouverner et contrôlent les médias pour asservir les prolétaires et asseoir le processus de servitude volontaire afin d’assurer la pérennité de leur règne sans même prendre en compte l’impact de leurs activités sur l’environnement ("L’homme souffre de la passion de se prendre pour ce qu’il n’est pas"). Ils s’en foutent puisqu’ils construisent des fusées pour coloniser Mars lorsqu’ils auront détruit la Terre (comparaison avec le “Titanic” à la fin du livre : seuls les riches pourront échapper au naufrage qu’ils ont eux-mêmes causé).
L’évolution de notre univers mental depuis le 18ᵉ siècle ayant permis l’inarrêtable machine capitaliste est décrite sur le plan sociologique, économique, philosophique et psychologique, tant d’éléments nous permettant de comprendre l’élaboration de la superstructure orientant nos politiques et notre société. "It is easier to imagine the end of the world than the end of capitalism" F. Jameson
J'ai beaucoup aimé ce livre, mais je pense que Dany-Robert Dufour simplifie parfois la réalité, homogénéisant les formes de capitalisme. Certainement intentionnellement, pour rendre l'essai presque romanesque et agréable à lire, mais cela manque de précision et de nuance par moments.
Un bouquin très bien écrit sur un philosophe méconnu du début de l’âge industriel. Une lecture nécessaire à quiconque souhaite mieux comprendre les dérives du monde contemporain.