- Ne voyez-vous pas que nous sommes d' admirables machines � souffrance ! Une vie, c'est un long fr�missement douloureux. Et ce n'est pas le monde ext�rieur qui nous fait souffrir; nous nous faisons souffrir nous-m�mes. Han Ryner avec son style franc et efficace nous plonge dans l'histoire tragique de Stanislas, un homme en proie au pire des vices: le Soup�on. Essayant de lutter contre ses peurs et ses ruminations mentales, Stanislas nous raconte avec exactitude ses d�boires amoureux, son funeste destin et son crime dans ce journal intime, journal qu'il nous livre tel un espoir de r�demption. Ce roman psychologique se r�v�le d'une grande force.EXTRAIT: Les pages que je vais �crire ne ressemblent � rien d'�crit. Ce sont des confessions, d'une sinc�rit� introuvable ailleurs. Jean-Jacques Rousseau a fait son apologie: le besoin de s'admirer en ses vertus et en ses vices, le besoin de reprocher les uns et les autres � la Soci�t� ont fauss� tout ce qu'il dit de sa vie int�rieure. Saint Augustin a retourn� son orgueil de jeunesse en humilit�. Il a fait par �crit la confession publique des premiers chr�tiens: on ne raconte pas avec une exactitude qui me satisfasse des actes qu'on r�prouve; on ne se fait pas conna�tre en se reniant. Il faut s'exprimer soi-m�me sans repentir et sans complaisance, sans �tonnement tardif, se revivre na�vement, laisser se teindre chaque r�cit des sentiments �prouv�s � l'heure de l'acte.Cette candeur n'est pas possible quand les aveux sont destin�s � �tre lus par d'autres. Moi qui �cris ceci pour le br�ler aussit�t termin�, je ne m'en ferai pas accroire � moi-m�me. Mais pourquoi est-ce que j'entreprends cette oeuvre vaine ?
Issu d'un milieu modeste (son père est employé des postes et sa mère institutrice) et très religieux, Henri Ner réussit à faire des études et prépare une licence en philosophie. À cause de la mort de sa mère, il rompt avec la religion, devient franc-maçon et s'intéresse aux idées sociales. Après avoir publié deux romans en 1894-1895, Henri Ner fréquente les milieux littéraires, en particulier Alphonse Daudet, pour qui il traduit Vie d'enfant de Batisto Bonnet. Après avoir tâté un peu de journalisme, il devient professeur de collège même s'il a beaucoup de difficulté à se plier à la discipline et aux conventions qu'impose une telle carrière. Auteur d'une cinquantaine de livres dans des genres fort divers (romans, contes, essais, théâtre, poésie), il est élu en 1912 « prince des conteurs » par les lecteurs de L’Intransigeant. En 1896, il adopte le pseudonyme de Han Ryner, devient le rédacteur en chef de la revue Demain et collabore à de nombreuses revues et journaux : L'Art social, L'Humanité nouvelle d'Augustin Hamon, L'Ennemi du Peuple d'Émile Janvion, L'Idée Libre de Lorulot, ainsi que L'En dehors et L'Unique d'Émile Armand. À la veille de la Première Guerre mondiale, Han Ryner adopte des positions pacifistes et lutte jusqu'à sa mort pour la reconnaissance de l'objection de conscience. Son pacifisme s'exprime, pendant la guerre, dans ses collaborations à Par-delà la mêlée d'Émile Armand et Ce qu'il faut dire de Sébastien Faure et par la suite au Journal du Peuple de Henri Fabre. Homme aux combats multiples, Han Ryner prend position pour la libération d'Eugène Dieudonné en 1913, pour celle d'Émile Armand pendant la guerre, pour les mutins de la Mer Noire, pour Sacco et Vanzetti et Nestor Makhno. Anticlérical virulent, il s'oppose à l'emprise et au pouvoir de l'Église catholique, surtout en matière d'éducation. En 1936, Han Ryner adhère au Comité mondial contre la guerre et le fascisme. Il entretient des rapports amicaux avec José de Bérys et il est également l'un des rares anarchistes ayant participé au Félibrige.