Depuis l’avènement et le développement de la psychologie, les sociétés contemporaines ont compris les vertus thérapeutiques de la parole, du récit de soi à un autre. Dès le XIXe siècle cependant, des hommes et des femmes ont pour habitude de livrer le récit de leur vie personnelle à un directeur de conscience à qui l’on confie ses tourments intimes. On évoque avec lui ce dont on ne peut parler ailleurs : les secrets de l’âme et du corps. De son côté, le directeur doit guider sur la voie du progrès moral. Bien loin cependant de toujours se soumettre à cette exigence de progrès, hommes et femmes dirigés y voient une occasion de parler d’eux-mêmes et de s’observer, d’ouvrir une « chambre à soi » : les femmes y content les pesanteurs de la vie conjugale et domestique, les hommes leur difficulté à remplir leurs devoirs : se marier, entretenir une famille. Préoccupations morales et spirituelles, inquiétudes existentielles, désirs de liberté se lisent dans ces lettres qui portent bien souvent la mention « à brûler ».
Le sujet est déjà fortement intéressant mais l'auteure permet à tout lecteur de tirer quelque chose de cette lecture. L'accessibilité du sujet et du livre est aussi possible grâce au style de Caroline Muller que j'ai trouvé agréable et fluide. Je recommande ce livre à ceux qui sont intéressés par le XIXème siècle et la vie intime. C'est une très bonne introduction à ces thèmes de l'intime, de l'écriture du soi et comment la religion et les rôles de genres sont liés.