1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes. Des adolescents décharnés quittent le bagne sous le regard des paysans qui sont aussi leurs geôliers.
Quinze ans plus tard, l’ombre du bâtiment plane toujours. Les habitants ont beau feindre de l’ignorer, les terribles souvenirs qu’il contient continuent d’étouffer leur communauté.
Aussi, lorsqu’une jument se putréfie ou qu’un troupeau de chèvres est décimé par une maladie, il faut des responsables. Les habitants, tous coupables ou complices de monstruosités, s’accusent du mal qui rôde.
Dans ce chaos, c’est aussi l’itinéraire de Blanche, une jeune-fille abusée par son oncle, qui tente d’échapper au fatalisme et à la violence à laquelle elle est destinée.
Nous sommes aux confins des Cévennes, là où la religion règne en maître. Là où la terre est dure et le climat rude.
Jean-Christophe Tixier qui bien souvent écrit des romans jeunesse (dont deux que j’avais bien aimés, Demain il sera trop tard et Quand vient la vague), nous propose cette fois un roman adulte, sombre, rendant hommage aux enfants des bagnes de la fin du XIXème, début du XXème siècle.
J’hésite toujours sur le thème dans lequel positionner ce roman, thriller ? suspense ? roman noir ? roman historique ? roman du terroir ? je pense qu’il ne se met finalement pas dans une case mais qu’il est tout cela à la fois.
Une chose est certaine, c’est que l’histoire ne peut laisser indifférent de par son sujet de départ, les enfants des bagnes, on y apprend les horreurs qui leurs étaient faites, brimades, violences, jeûne, viols, meurtres, tel de la marchandise sans aucune valeur. Ici hommage leur est rendu dans l’histoire mais aussi au début de chaque chapitre où l’auteur nous soumet la fiche identitaire d’un des enfants mort dans un bagne, j’ai trouvé cela dur mais tellement nécessaire.
Le déroulement du livre en lui-même commence de manière calme, voir contemplatif, pour vite s’accélérer et nous emporter dans un maelström comme seuls les villages isolés plein de non-dits et de secrets savent le faire. L’écriture est fluide et la construction se fait avec de courts chapitres qui donnent une impulsion permanente dans la lecture, on ne lâche pas le livre et on ne s’arrête pas avant la fin.
Parmi les personnages (car ici il n’y a pas de personnage principal mais un village), certains m’ont plus, surtout le personnage de « Blanche » pour qui on ne peut avoir que de la compassion, mais les autres m’ont tellement mis en colère que je ne les ai pas appréciés, c’est voulu par l’auteur car le récit reflète la réalité du passé, les horreurs et les secrets, mais il n’empêche que sans pouvoir s’accrocher à autre chose qu’un seul personnage quand il y en a tant, c’est difficile. Ne vous inquiétez pas trop tout de même car ils sont nécessaires et le récit vaut le coup d’être lu de bout en bout.
En conclusion, « Les mal-aimés » est un roman de superstitions, de non-dits et de secrets, à lire pour sa noirceur, mais aussi pour comprendre encore un peu plus à quoi ressemble la stupidité humaine, à lire également pour le devoir de mémoire envers ces enfants, ces mal-aimés.
Une écriture prenante servie par une belle langue. La vie des enfants au bagne n'est pas le sujet du livre. Cependant, l'édifice est omniprésent et conditionne les faits et gestes des acteurs dont la personnalité est brossée sans nuire à l'action. Malgré tout, le livre laisse un sentiment d'inachevé car certains acteurs restent "sans conclusion" avec l'impression que la justice des hommes est absente du contexte de ce roman.
Voici un rural noir dans lequel je n'ai pas su m'identifier puisqu'en 1901, je n'étais pas née ! Mon grand-père non plus et il n'a pas dû me raconter cette vie-là.
De plus, en ce temps-là, c'était la Troisième République chez vous, celle qui allait instaurer la séparation de l'Église et de l'État, ce qui fait vachement enrager le curé du cru.
Il a beau ne pas se dérouler à mon époque, ce rural noir m'a pris à la gorge et aux tripes tant l'atmosphère était à la fois envoutante et horriblement oppressante.
Dans ce patelin reculé des Cévennes, on croit autant à Dieu qu'au Diable et on a tendance à invoquer plus vite le Malin que le Divin : "Le Diable, le Malin et le Démon", c'est leur sainte trinité, à ces pauvres hères non instruits et qui doivent subir les affres du climat, qu'il soit trop froid, trop chaud, trop sec ou trop humide.
La terre est rude et travailler au bagne, cette maison dite « d'éducation », et bien, ça met du beurre dans les épinards pour les habitants de ce patelin, ou du lard sur le morceau de pain sec. Lorsque ce dernier a fermé en 1886, beaucoup ont perdu un statut et des revenus.
Le bagne, parlons-en… L'auteur aurait pu se répandre dans tous les supplices qui furent imposés à ces pauvres gosses, placés là suite à un vol, un braconnage, du vagabondage, des attentats à la pudeur…
L'intelligence a été de ne pas s'appesantir dessus et de nous expliquer en peu de mot, à travers les pensées d'un pensionnaire quittant ce lieu maudit, ce que furent ces années d'horreurs, de brimades, de privations et d'abus en tout genre.
De toute façon, à chaque début de chapitre, l'auteur nous présente un billet d'écrou des pensionnaires, avec leurs noms, leurs condamnation et leur cause de sortie : tous mort dans la première ou deuxième année de leur incarcération. Plus besoin de nous faire de dessins et d'en rajouter, tout est dit.
Je me demande si ce n'est pas encore pire de laisser le lecteur imaginer ce que ces gamins ont subi plutôt que de nous le décrire. En tout cas, ça donne des sueurs froides dans le dos, surtout en calculant leur âge lors de leur jugement, les années auxquelles on les condamnait pour si peu et l'âge de leur décès. La salive est parfois dure à avaler.
Dans ce rural noir que j'ai eu du mal à lâcher, l'auteur nous offre une analyse juste et des portraits réalistes de ces gens habitant la campagne profonde, ceux qui pensent directement à des malédictions au moindre pépin et sont toujours prompt à accuser les autres, surtout si cela peut détourner l'attention de leurs propres fautes à eux.
On pénètre dans du glauque, dans des esprits étroits, dans la petitesse des actes humains, dans leurs envies, leurs jalousies, leurs bassesses pour gagner quelques sous… Sans oublier que les femmes, en ces temps-là, sont soumises à leurs maris, à leurs pères et que dans ces contrées reculées, ils ne sont pas prêts à passer le commandement.
Horrifié, on assiste à tout ce qu'ils (ou elles) sont capable de faire à leur prochain, comme si, tout compte fait, ils ne craignaient pas tant que ça ce Dieu qui doit les juger à l'heure de leur mort.
Comme on dit en wallon : Mougneû d'bon Dieu èt dès tchiyeu d'jiale (des mangeurs de bon Dieu et des chieurs de diable = mon orthographe wallonne a toujours été nulle).
Le récit fait la part belle à une multitude de personnages, qui reviendront au fil des pages, tous avec leurs part d'ombre et leurs non-dits, ces secrets qu'ils ont enterrés après la fermeture du bagne, et même avant.
Qu'est-il arrivé au P'tiot, un gamin évadé du bagne ? Pourquoi personne ne veut en parler même 17 ans après la fermeture du bagne ? Pourquoi une telle chape de plomb ?
Seuls Blanche et Étienne, deux jeunes, semblent ne pas porter la trace du péché des autres et pour eux, j'ai ressenti une forte empathie car ils sont bien les seuls à être innocents, comme le simple d'esprit, Géraud. Par contre, ce qu'ils subissent…
Un roman noir rural dont la plume de l'auteur vous happe dès les premières lignes, vous subjugue et dont on a dû mal à reposer le livre, tant le récit nous tient en haleine alors que le rythme est assez lent et les mystères levés dans le dernier tiers du roman.
La justesse des portraits brossés, tout en finesse, même s'ils sont rugueux comme une pierre ponce, le réalisme dans leurs actions et leurs pensées, ce côté religieux poussé chez ces gens où l'instituteur et le curé tiennent la place la plus haute dans le village et cette aura de mystère qui entoure ce bagne vide depuis 17 ans et qui, malgré son abandon, continue à faire de l'ombre à tous ces biens pensants.
Même les tombes du cimetière attenant au bagne sont maudites, évitées comme la peste, tant ce lieu fait peur et est porteur de toute une flopée de malédictions qui pourraient vous tomber dessus, comme si la porte menant aux Enfers se trouvait sous les tombes de ces gamins morts sous les coups, les privations, le travail harassant ou autre.
En tout cas, je suis heureuse d'avoir reçu ce roman en avant-première grâce à l'opération Masse Critique de Babelio et je les remercie pour cet envoi, ainsi que l'auteur pour les mots qu'il a inscrits sur ces pages.
Roman découvert par hasard dans les rayons de ma médiathèque, Les Mal-Aimés de Jean-Christophe Tixier est un livre bouleversant autour d’un sujet difficile: celui des bagnes pour enfants des dix-neuf et début vingtième siècles. Oui, vous avez bien lu: à une époque pas si ancienne (qu’est-ce que cent, cent cinquante ans ?), pour un vol de gâteau ou pour « vagabondage », la justice des hommes pouvait condamner un enfant au bagne jusqu’à sa majorité… Incarcérés dans des lieux insalubres, les jeunes étaient écroués dans des conditions désastreuses, sous le joug de gardiens violents et abusifs…
Dans ce roman, le bagne de Vailhauquès situé dans l’Hérault, ferme ses portes en 1884. Le premier chapitre s’ouvre sur le défilé de jeunes garçons qui sortent de l’établissement, libres mais intérieurement dans un état que l’on devine déplorable au vue des sévices subis. Une vingtaine d’années plus tard, la vie suit son cours au village, quelques habitants parmi les plus rustres avaient « travaillé » dans ce bagne, soit comme gardien, soit comme lingère ou cuisinière… Tous vivent dans le silence des évènements passés : l’omerta dirige les relations entre les villageois, tous savent et se taisent. Jusqu’à ce que des faits étranges que l’on attribue trop vite au surnaturel entachent la communauté : morts soudaines, maladies, bruits suspects… Est-ce le Diable ou les enfants qui reviennent se venger « comme les loups quand la faim les ronge« ?
Le bagne accable le village de sa présence, bride de son souvenir honteux les habitants de la vallée. A l’image de la photographie de couverture, le bagne n’est plus qu’un bâtiment désaffecté dans lequel il s’est passé de mauvaises choses. C’est autour de lui que gravite l’histoire inventée par J.C Tixier, sans jamais y entrer. C’est là que le lecteur est surpris par la tournure que prend le récit, puisque l’on reste dans le village, à une époque différente de celle du bagne en activité. Mais le roman entier est porté par une écriture poétique qui n’est pas sans rappeler celle de Jean Giono: on se laisse entrainer par la puissance des mots, des images sombres de ce roman noir rural, portrait profond du siècle passé dans nos campagnes, portrait au vitriol des représentants de la religion, des membres de l’éducation nationale, de la justice, qui à une époque faisaient bien peu de cas des enfants…
Une belle découverte pour moi que cette plume poétique sur un fond historique intéressant.
Fin 19ème, nous assistons aux derniers jours d’un bagne pour enfants, tels qu’il en existait à cette époque. Le prologue nous plonge directement dans l’ambiance d’une ruralité cévenole âpre et rapidement nous prenons conscience de l’horreur qu’il y avait à se retrouver dans ce genre d’établissement. Les enfants survivants sont sous alimentés, battus, exploités, abusés. On comprend alors pourquoi tant d’entre eux décédaient dans l’année qui suivait. Chaque ouverture de chapitre débute par un extrait tiré du registre d’une maison d’éducation surveillée, quand la réalité vient renforcer la fiction, cela m’a beaucoup touchée. Dix-sept ans après la fermeture du bagne, des événements viennent réveiller les mauvaises consciences. L’auteur installe patiemment et très efficacement une montée en tension qui nous laisse interdits. Le climat se détériore, chacun épie son voisin et les rumeurs rejaillissent menaçant l’équilibre de tout un village. Les habitants qui sont pour la plupart d’anciens employés du bagne ne tardent pas à penser que les enfants reviennent réclamer vengeance et que le diable n’est pas loin. La galerie des personnages est impressionnante, on apprend à connaître leur vie difficile, la pauvreté, le manque d’éducation, les superstitions tout ce qui a pu en faire des êtres taiseux et durs envers eux-mêmes comme envers les autres. Cela n’excuse en rien les actes commis. Alors préparez-vous à lire des passages très durs, des scènes qui resteront gravées sur votre rétine, le style de l’auteur est très visuel et j’ai souvent été au bord de l’écœurement face à cette réalité sordide. Les chapitres sont courts et je voulais absolument savoir ce qu’il adviendrait de Blanche, un des personnages les plus attachants. Cela m’a aidé de savoir que le début du roman commence sur la fermeture de cet établissement maudit mais il n’en reste pas moins que cette maltraitance sur des êtres que nous adultes sommes censés protéger est révoltante. Un roman noir et rude mais nécessaire car il soulève un pan méconnu et honteux de la république. Bonne lecture. http://latelierdelitote.canalblog.com...
Ambiance flippante, personnages attachants. Mais malheureusement trop réaliste et crève cœur pour moi. Je n'avais pas spécialement envie de lire en ce moment ce genre de roman.
Un roman pénible à lire aussi bien au niveau du déroulement que des descriptions. Un amas de violence physique & psychologique qui mène nulle part et qui finit en eau de boudin.