Très bon livre de René Rémond. Il faut faire attention tout d'abord à ne pas confondre cette petite introduction avec un livre retraçant le déroulé des faits de la période. L'auteur ne les évoque que par allusion et c'est avant tout aux grandes caractéristiques, mouvements et changements dans cette période et de ses effets sur le futur, que l'auteur se consacre.
L'auteur décrit d'abord les caractéristiques de la société de l'Ancien régime (en France et en Europe) : une société divisée en ordres qui ne correspond plus à la réalité sociale (bourgeoisie montante, féodalité déclinante) du pays. Une distinction intéressante de Rémond porte sur les sociétés maritimes (plus libérales, bourgeoises et progressistes) et les sociétés terriennes (plus traditionnelles, féodales et moins avancées). Dans les sociétés terriennes, la féodalité se maintient encore ou se développe (servage en Russie).
Cette distinction se répercute aussi sur les formes politiques que prennent ces sociétés, entre la monarchie absolue à l'ouest et le despotisme éclairé à l'est, le féodalisme et les républiques patriciennes.
L'auteur s'attache ensuite à l'étude de la Révolution pour montrer toutes les ruptures (abolition de la monarchie, égalité en droit, changement social avec l'apparition du fonctionnaire, rupture entre la société religieuse et politique) et les continuités (centralisation, uniformisation, simplification) que la Révolution opère par rapport à l'Ancien régime.
Par l'analyse des grands changements effectués par la Révolution puis stabilisée par Napoléon, l'auteur montre comment cette période a forgé durablement notre société contemporaine. Ainsi, notre cadre juridique et administratif moderne est dans la continuité des inventions de Napoléon (Code civil, préfets, etc.). Tout cela a été rendu possible par la Révolution qui fait table rase des différences locales (provinces, parlements) et particulières (corporations, privilèges, servage) que les rois s'efforçaient déjà à effacer.
L'auteur introduit à ce titre une autre distinction intéressante entre le libéralisme, qui ressort plutôt de la bourgeoisie et vise à garantir la liberté et à réduire les entraves qu'on pourrait leur imposer, et la démocratie qui est davantage autoritaire (ex : Terreur) et plus populaire.
La Révolution, enfin, consolide le sentiment national et est à l'origine des guerres de masse et des guerres idéologiques (les Français se battant pour leur pays et pour la Révolution). Ainsi, le nationalisme est pour Rémond initialement plutôt une idée dont se revendique la gauche jusqu'à l'affaire Dreyfus, vu son lien avec la Révolution.
Enfin, Rémond s'attache à décrire en quelques pages la situation sur le continent américain et à montrer les liens très forts qui existent entre les révolutions américaines et françaises et le combat des indépendantistes américaines (dans leur inspiration et dans leurs effets). Comme les Espagnols à Cadix qui sauvent les indépendantistes américains, comme la révolte des polonais en 1830 qui sauve les belges, les révolutions sont solidaires et les idées qui ont émergé en Europe se propagent dans tout le monde. Pourtant, il ne faut pas oublier que c'est d'abord des européens (créoles) qui se révoltent contre leurs dirigeants de la métropole et non des indigènes comme cela sera le cas dans les guerres de décolonisation.
Ainsi Rémond, en mettant en perspective les avancées de la Révolution par la description de l'Ancien régime, nous montre les conséquences importantes, multiples et indélébiles que la Révolution a eu sur l'histoire contemporaine et sur notre société actuelle.