Après des études en ethnologie, Pierre Falardeau (1946-2009) est venu au cinéma par le documentaire, puis est passé à la fiction. Outre la série culte des Elvis Gratton, il a réalisé, entre autres, Le party, Le temps des bouffons, Octobre et 15 février 1839. Il a publié La liberté n'est pas une marque de yogourt, Les bœufs sont lents mais la terre est patiente et Rien n'est plus précieux que la liberté et l'indépendance.
Ce livre est un recueil de texte de l'important et audacieux cinéaste québécois, qui maîtrise l'art du vulgaire et du franc-parler. On peut y lire les récits des chemins sinueux et indispensable à la concoction de ses films, qui doivent être approuver par le cash pour être produit. Parmis les texte, des critiques de journalistes, politiciens et intellectuels dont les propos oblige Pierre à sortir sa plume pour défendre son idéologie. Ce livres cogne ardemment sur la bourgeoisie, l'impérialisme, le capitalisme et le monde de la publicité, mais promeut la liberté et l'indépendance des peuples.
Un très bon livre pour apprendre sur ce personnage inspirant, que je décrirais de façon boiteuse comme le Sardoche de la lutte pour l'indépendance du Québec.
In fabuleux receuil de textes écrit par le personnage dont la fougue sera facilement reconnu durant la lecture. Plusieurs découvriront pour la première fois un homme cultivé, aimant et nuancé. Il s'agit d'un livre qui nous expose l'acharnement qui est nécessaire pour publier dans le monde du cinéma québécois et une inspiration pour tous les indépendantistes. À découvrir.
Mais quelle balade dans l'esprit d'un personnage plus grand que nature.
Cette critique sera plus longue que prévue, matière examinée oblige.
Dans ce recueil qui collige plus de deux décennies d'écrits politiques, de scénarios, de lettres ouvertes, d'essais sur le cinéma, voire même d'étude ethnographique sur la banlieue, c'est un individu complexe, aux multiples talents qui se révèle.
Enfant des années 1990, n'ayant pas été en contact avec son oeuvre, ce livre m'avait paru de prime abord comme un entretien avec un personnage sulfureux, une persona non grata à l'époque des Facedeboucs et autres plateformes aux lèvres botoxées. Oh que j'avais tort.
Je pense que Falardeau était un individu qui avait un besoin impérieux de nommer les choses, à travers une voix interne absolument fascinante, voire hypnotisante. Les injustices. Les rapports de force. Les magouilles. Les défaites. C'était plus fort que lui. Les procédés littéraires enseignés au secondaire, tels la litote ou l'euphémisme lui aurait probablement causé un plus grand mal qu'une gastro-entérite.
Falardeau, c'était aussi un homme d'une érudition incroyable. En faisant la lecture de son oeuvre, j'ai rajouté à ma liste Goodreads une dizaine de titres, autant de gauche, de droite, d'ici comme d'ailleurs. La curiosité de Falardeau et ses références n'avaient aucune limite, aucune frontière.
Le moment le plus surréaliste de ce livre constitue le texte d'Une thèse en jell-o. Falardeau, prenant à partie l'un de mes romanciers canadiens préférés (feu Richler), est un réel délice. Un court quatre rondes, point de départ qui me laisse sur ma faim, celle d'imaginer la réplique d'un Richler probablement sonné hors de son quartier de St-Urbain. Mais bon, va falloir que je trouve le dénouement quelque part, non loin d'un commun accord Falardeau-Richler pour mépriser les institutions culturelles canadiennes.
Si Falardeau le cinéaste s'est démarqué, alors c'est Falardeau le militant qui est resté dans les esprits. Souvent décrit comme un individu unidimensionnel, un "radical-fanatique" du nationalisme québécois, j'y ai davantage vu un homme épris de justice et de liberté. Bref, un humaniste qui a transformé son engagement envers l'indépendance du Québec comme une continuation de son propre système de valeurs, de sa propre personne. Enlever le projet souverainiste de Falardeau aurait été comme de lui couper un bras, mais son identité serait demeurée intègre en elle-même.
Cependant, un doute me tracasse toujours. Avec son érudition, son talent et sa volonté de vaincre, pourquoi s'est-il entêté à démolir systématiquement ses adversaires, parfois en les ridiculisant d'une manière si crue et si cruelle? Avec ses coups de gueule intempestifs et ses rancunes légendaires (on salue le Parti libéral de Trudeau père, l'ONF, Richler, le St-Lawrence Boating Club et la compagnie Molson), il me semble impossible qu'il n'est jamais réalisé que la persuasion tient dans la nuance. Que lorsque l'on attaque, l'adversaire se braque. En étant aussi incisif et parfois ordurier, il donnait toutes les munitions nécessaires à ses adversaires pour le "peindre dans un coin" de la politique canadienne.
Le coin d'où l'on ne revient pas.
Et je ne peux pas donner une note parfaite à celui qui se tire dans le pied.
Pour terminer, je crois que le plus grand leg politique et social de Falardeau aura été d'amener les Québécois à se questionner sur eux-mêmes. Sur leur avenir, sur leurs tords, mais aussi sur leurs forces et leurs projets.
Falardeau exagère et il le sait. Il est un peu fou, ce qui n'est pas une raison pour s'empêcher de le lire. Son fiel grandiloquant cache en fait une vulnérabilité toute québécoise, comme il le reconnaît dans la préface.
Un recueil essentiel pour entretenir la flamme. De l’interminable saga de la production d’Octobre jusqu’à l’étonnante et très poussée recherche sur la banlieue («Le consommateur consommé»), on trouve une verve et une irrévérence dont pourraient s’inspirer bien des mollassons qui commentent actuellement l’actualité politique.