Que reste-t-il de la psychanalyse après le volume de Van Rillaer ? Tout bonnement rien, ses seuls effets positifs relevant de caractères non-spécifiques. Si le pamphlet d'Onfray sur Freud relevait de l'assassinat, la somme de Van Rillaer évoque quant à elle l'entreprise des Romains à l'égard de Carthage : la destruction d'une civilisation jusqu'à en effacer le souvenir, après en avoir salé le champ de ruines.
L'auteur, alors le premier en langue française - la première édition date de 1980, alors que le magistère des lacaniens sur la vie intellectuelle n'était encore nullement remis en cause - passe au crible des notions élémentaires de l'épistémologie des sciences humaines, de la méthodologie de la psychologie sociale ou cognitive, les énoncés freudiens et lacaniens. Cela en devient rapidement douloureux, tant la scène psychiatrique et intellectuelle française d'un demi-siècle s'en retrouve complètement discréditée.
Même la "libération" sexuelle, à tout le moins du discours sur le sexe, que l'on devrait à Freud, se serait sans doute faite sans lui. On sait ce que la théorie de l'hystérie doit à Charcot. Mais Van Rillaer évoque, parmi bien d'autres précurseurs, un dénommé Dr Chrobak au latinisme délicieux, et selon lequel la seule bonne ordonnance pour les patientes souffrant de crise d'angoisse serait : "Penis normalis. Dosim : repetatur."
Un bémol, pour chipoter. Les éditions Mardaga, c'est moche, et plein de fautes de français et de coquilles, malgré une énième édition. Il est navrant de voir son plaisir de lecture écorné en découvrant Pontalis rebaptisé Jean-Bernard, ou de lire systématiquement "après que" suivi du subjonctif. Les lacaniens écrivent certes des âneries ; mais au moins le font-ils dans un français relu par les grammairiens agrégés de la nrf.