Le regard de l’anthropologue est plus que jamais nécessaire pour redonner du sens à un monde qui s’étourdit de jour en jour. C’est ce que nous offre Serge Bouchard en nous invitant à monter dans son camion et à rouler, avec lui, plusieurs milliers de kilomètres en Boréalie et dans toute l’Amérique. Il nous conduit là où l’histoire, petite ou glorieuse, est passée… Athabasca, Bon-Désir, Pointe-aux-Trembles, Ouisconsin, Gogama, Saguena, Gespeg, Chibougamau ou Caniapiskau. Cet antirécit de voyage nous révèle des pays métissés, autochtones et français, ceux de Jean-Baptiste Laboucane, Anadabidjou, Lucille Marie Raymonde Savoie, Sarah Petit Couteau, Joseph Robidoux, Black Hawk ou Ochaga.
L’Oeuvre du Grand Lièvre Filou rassemble les chroniques que Serge Bouchard a tenues dans le magazine Québec Science entre 2009 et 2018. Observateur hors pair, il a su y partager son admiration pour les belles inventions de même que son indignation devant la bêtise humaine, la chimie pétrolière qui intoxique la planète ou l’architecture qui enlaidit les villes et les campagnes.
Lire Serge Bouchard fait du bien. Il nous permet, à travers ses réflexions et sa démarche scientifique toute personnelle, de mieux nous ancrer dans la vie.
Serge Bouchard est né à Montréal en 1947. Diplômé des Universités Laval à Québec et McGill à Montréal, il a d’abord été chercheur dans le domaine des études nordiques. Spécialiste des questions amérindiennes, il a touché à de nombreux champs d’enquête allant de l’ethnohistoire jusqu’aux contextes contemporains des changements sociaux et politiques. Son mémoire de maîtrise (1973) a porté sur le savoir des chasseurs innus du Labrador, tandis que sa thèse de doctorat (1980) décrivait et analysait la culture et le mode de vie des camionneurs de longue-distance dans le nord du Québec.
Devenu consultant autonome en anthropologie appliquée, il a fondé en collaboration une firme de recherche en sciences humaines, firme qu’il a dirigée jusqu’en 1986. À ce titre, il a travaillé sur des questions relatives à la formation interculturelle (évaluation de matériel pédagogique, conception de contenus, conférences), à l’environnement(consultations publiques, études d’impact) à la justice (formation policière, déjudiciarisation) et à la gestion (culture des organisations). Durant cette période, il a été chargé de cours au département des sciences administratives de l’Université du Québec à Montréal. Entre 1987 et 1990, il a dirigé les services de recherche en sciences humaines de l’Institut de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec. En 1991, il agissait comme commissaire aux audiences publiques tenues par la Ville de Montréal sur le sujet de la gestion intégrée des déchets.
Serge Bouchard a donné de nombreuses conférences auprès du personnel de la GRC. Dans le domaine des recherches anthropologiques en management et organisation du travail, il a travaillé pendant près de cinq ans (1991-1996) en France et en Belgique pour le compte de Giat Industries (industrie française de l’armement terrestre). En 1996, dans le même domaine, il fut consultant auprès de la Sûreté du Québec et de la Police de la Communauté urbaine de Montréal et a travaillé en collaboration avec Hydro-Québec.
Chercheur, consultant en anthropologie et conférencier durant toute sa carrière, Serge Bouchard a publié seul ou en collaboration huit livres et une soixantaine d’articles dont de nombreux sur les Inuits, les Amérindiens, les Métis et les peuples autochtones d’Amérique du Nord. En 1991, il a publié son premier ouvrage littéraire, Le Moineau domestique. De 1992 à 1996, il a animé en compagnie de Bernard Arcand l’émission Le Lieu commun sur Radio-Canada. Chroniqueur-anthropologue à l’émission de Marie-France Bazzo durant l’année 1996-1997, il a signé aussi une chronique régulière dans la revue L’Agora. Les Éditions du Boréal ont déjà publié sept volumes de lieux communs signés Bernard Arcand et Serge Bouchard, dont en 2003 un «Best-of» de ces textes, intitulé Les Meilleurs Lieux communs, peut être.
Serge Bouchard a participé à de nombreux documentaires et émissions de télévision et a donné régulièrement des entrevues sur sa vision anthropologique du monde.
En lisant ce recueil de chroniques, ou tout autre ouvrage du vénérable anthropologue Serge Bouchard, il n’est pas ardu pour le lecteur de saisir que TOUS les lacs, TOUTES les rivières, TOUS les villages, villes et provinces dont la toponymie initiale amérindienne a été modifiée avec le temps pour des noms inspirés par la conquête des français, des anglais, (puis) des américains méritent de retrouver l’appellation d’origine. Ces anglais sont méchants. Ces américains prennent trop de place. Les humains sont de trop, ils détruisent tout sur leur passage. Et que dire du clergé? Bref, seuls les français ont un (petit peu) de mérite, celui de s’être pacifiquement métissés avec les peuples autochtones.
Lire (et écouter) Serge Bouchard pendant longtemps, c’est entendre à répétition le même discours, les mêmes idées, le même mécontentement. C’est le même clou sur lequel le marteau cogne, le même clou qui, selon ce que semble démontrer l’histoire, refuse de s’enfoncer.
Serge Bouchard est un ANGRY WHITE MALE … mais pas nécessairement pour les raisons à la mode.
Cela dit, comme l’écrit la maison d’édition en quatrième de couverture, « Lire Serge Bouchard, fait du bien. Il nous permet, à travers ses réflexions et sa démarche scientifique toute personnelle, de mieux nous ancrer dans la vie ». C’est le 4e ou 5e ouvrage de monsieur Bouchard que lis, et, à chaque fois, j’entends sa belle voix me décliner les mots, les phrases et les idées, toujours avec candeur, ainsi qu’avec un soupesons de reproche et de suffisance. Certes, on associe souvent monsieur Bouchard à la sagesse, mais, moi, je l’associe tout autant à la hargne et à l’amertume.
L’ŒUVRE DU GRAND LIÈVRE FILOU, est tout de même un agréable recueil de beaux, et parfois touchants textes qui valent la peine d’être lus et appréciés pour ce qu’ils sont : une déclaration d’amour au territoire que nous habitons, « ce pays aussi ingrat que magnifique », aux espèces animales et végétales et, surtout, aux peuples qui l’habitaient à l’arrivée des (oui, oui, méchants) conquérants. J’accepte courtoisement de me faire faire la morale par ce brillant homme aux idées acérées, mais à la plume enchantante et délicate.
« Gaspésie veut dire fin du monde, bout du monde; mais de quel monde parle-t-on? C’est le début du Nouveau, c’est la fin de l’Ancien. Un loup regarde l’océan, un loup-marin regarde le continent. L’un hurle et l’autre siffle, nous sommes les enfants du vent. … C’est là où nous irons écrire le livre blanc de la poésie du monde, au pied d’une élégante éolienne, devant la mer bleue qui pique les yeux, adossé aux épinettes qui font le dos vert aux montagnes d’en arrière; ici, au premier de tous les détroits d’Amérique. »
« Drôle de monde, en effet, où l’on sert du tartare d’omble arctique dans les restaurants chics de Toronto, tandis que l’on mange du simili poulet dans les chaumières de Behchoko. »
« Que la ville de Chicago ait été fondée par un mulâtre, fils d’un Canadien français et d’une Haïtienne, cela reste un secret bien gardé! »
Comme plusieurs des livres de cet auteur, on retrouve ici des chroniques qu'il avait écrites pour différentes revues, en particulier Québec Science dont il était collaborateur régulier. Il raconte avec nostalgie les promenades faites dans des régions éloignées, dans des villages qui ont perdu leur histoire en changeant leur nom original pour Saint machin chouette, les routes perdues vers le Nord où les insectes viennent par centaines agoniser sur son pare-brise, la beauté de l'ile Jésus avant qu'elle ne devienne un grand stationnement, l'extraordinaire platitude de la route 20, toutes ces randonnées qu'il ne fera plus. Il observe avec amertume le grand désenchantement qu'il a vécu en voyant Trump prendre le pouvoir. empoisonnant l'air et les chemins qu'il aimait tellement sillonner. Le dernier chapitre est émouvant: il se rappelle avec regret les innombrables traversées du continent, s'évade dans ses souvenirs et constate qu'il est rendu au terminus de sa vie. A lire lentement, en savourant chaque chronique et en réfléchissant sur ce que nous laisse ce grand auteur d'ici.
lire ce livre en étant au canada, c’est lire la réelle histoire du pays et c’est surtout l’occasion d’en apprendre beaucoup plus sur les indiens que ce que l’on veut qu’on sache. bref, ce livre est une petite pépite qui m’aide à avoir un autre regard sur mon voyage.
“quel est ce monde, où la création de la richesse s’appuie sur l’éradication de tout, au profit de l’émergence de rien ?”
An absolutely gorgeous meditation on Bouchard's tireless travels across Canada and North America. His errant stories on the history of Quebec, on the indigenous peoples he met, on the land, are moving and incredibly well-written. A beautiful text from one of the greats of the province.
Recueil des chroniques du grand Serge; bien que je les aime toujours autant lui et sa plume, le format fait en sorte que c'est parfois redondant. Donc, je recommanderais de lire avec parci et monie, une comme ça, une fois de temps en temps.
[Lu dans le cadre du cours de création littéraire]
Je dois débuter ma critique avec un disclaimer: ce livre a été lu dans le cadre d'un cours à l'université pour me permettre de terminer mon baccalauréat en études françaises. Ce n'est pas le genre de livre que je regarde lorsque je recherche une lecture, ni le genre de livre qui m'interpelle. Pourtant, je vais m'efforcer de faire une critique juste pour ce livre qu'on m'a obligé à lire.
Obliger quelqu'un à lire un livre dans le cadre de l'école est la manière la plus facile de rebuter le lecteur face à un livre, un auteur, une idée. J'ai toujours cru que la meilleure manière d'attirer une personne vers un livre était de lui laisser le choix parmi un ensemble de livre. Oui, il a l'obligation de lire, mais au moins il n'est pas trop restreint par la vision de son professeur. Dans le cas de ce livre-ci, j'ai clairement senti l'amour qu'à notre professeur Autochtone pour Serge Bouchard, un allié indéniable des Autochtones du Canada. Il n'y a rien de mal à ça, mais puisque je ne suis pas Autochtone et que je ne me retrouve pas dans les descriptions de la nature ou les combats qu'ont mené ces gens, le livre m'a passé par dessus la tête. Blâmez-moi pour mon manque de sensiblité, mon manque de savoir-vivre(être?), mon manque d'éducation et/ou mon égoisme, mais ce n'est juste pas ma tasse de thé.
Je reconnais, par contre, que Serge Bouchard arrive à transmettre son amour de la nature et son empathie envers les Autochtones avec une authenticité désarmante. Ses textes sont justes, courts, mais arrivent à transmettre ses idées avec facilité. Il ne s'embourbe pas de phrases pleines de fioritures, ce que j'ai bien apprécié. J'ai appris quelques petits pépites historiques sur les Autochtones et la toponymie. J'ai aussi apprécié son ton revendicateur, sans être moralisateur. On sent qu'il essaie d'éduquer les gens sans les traiter de cons ce qui est fort bien apprécié.
Pour les gens qui apprécient l'histoire du Québec, du Canada, des Autochtones, de la nature, du combat, de la simplicité contre la modernité et de tout ce que tient à coeur Serge Bouchard, ce livre, quelque part entre l'essai et l'autobiographie et la critique, saura définitivement plaire aux sensibles de ce monde. Malheureusement pour moi, ce ne fût qu'une autre lecture obligatoire qui sera oublié dans quelques années. Toutes mes excuses.