Librarian's note: Alternate cover edition of ISBN 9782070750627.
«Moi, bonheur ou fortune, après avoir campé sous la hutte de l'Iroquois et sous la tente de l'Arabe, après avoir revêtu la casaque du sauvage et le cafetan du mamelouk, je me suis assis à la table des rois pour retomber dans l'indigence. Je me suis mêlé de paix et de guerre ; j'ai signé des traités et des protocoles ; j'ai assisté à des sièges, des congrès et des conclaves ; à la réédification et à la démolition des trônes ; j'ai fait de l'histoire, et je la pouvais écrire : et ma vie solitaire et silencieuse marchait au travers du tumulte et du bruit, avec les filles de mon imagination, Atala, Amélie, Blanca, Velléda, sans parler de ce que je pourrais appeler les réalités de mes jours, si elles n'avaient elles-mêmes la séduction des chimères. Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue.» Chateaubriand, 1837.
François-René, vicomte de Chateaubriand was a French writer, politician and diplomat. He is considered the founder of Romanticism in French literature.
He has also been mistakenly given the forename François-Auguste in an 1811 edition, but signed all his worked as just Chateaubriand or M. le vicomte de Chateaubriand.
Cette critique concerne la deuxième partie des Mémoires d'Outre-tombe de Chateaubriand, commençant au livre XXIX jusqu'à la fin (livre XLIII), c'est à dire de l'année 1824 jusqu'aux années 1840 (Chateaubriand est mort en 1848 mais ses mémoires s'arrêtent au début de la décennie)
L'impression est à peu près la même que pour la première partie. Il y a des moments fastidieux (le long développement sur Juliette Récamier, livre XXIX, l'ambassade à Rome livre XXX) et d'autres, surtout lorsque l'auteur est confronté avec l'Histoire, qui sont captivants, du fait du très beau style épique et romantique de l'auteur (voir la journée du 28 juillet 1830, livre XXXIII chapitre 3). A noter que les événements décrits sont évidemment précis et que l'édition comporte de nombreuses notes de bas de page nécessaires pour comprednre le contexte. Tout cela pour dire que c'est une lecture saccadée, pas nécessairement facile.
Chateaubriand est toujours le même. Toujours très imbu de lui-même (voir les développements qu'il nous assène sur son "courage" de démissionner du gouvernement Polignac par exemple au livre XXXII chapitres 3 et 4) mais on lui pardonne bien volontiers du fait de son style romantique, un peu suranné mais très beau et parsemé de références culturelles (citations latines mais pas que, aussi une grande connaissance de la littérature anglaise).
C'est toujours facile a posteriori de juger de l'acuité de ses jugements mais on ne peut s'empêcher de souligner les erreurs monumentales souvent causées par vanité (voir le jugement qu'il porte sur Talleyrand qu'il considère aussi incapable que La Fayette a été capable ?! ("Les monuments diplomatiques prouvent la médiocrité relative de Talleyrand: vous ne pourriez citer un fait de quelques estime qui lui appartienne" Livre XLIII Chapitre 8) et aussi, plus rarement, une certaine prescience dont voici quelques exemples.
Sur la presse, page 2204, livre XXXII Chapitre 8
"La presse est un élément jadis ignoré, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde; c'est la parole à l'état de foudre; c'est l'électricité sociale. Pouvez-vous faire qu'elle n'existe pas ? Plus vous prétendez la comprimer, plus l'explosion sera violente. Il faut donc vous résoudre à vivre avec elle, comme vous vivez avec la machine à vapeur. Il faut apprendre à vous en servir, tout en la dépouillant de son danger, soit qu'elle s'affaiblisse peu à peu par un usage commun et domestique, soit que vous assimiliez graduellement vos moeurs et vos lois aux principes qui régiront désormais l'humanité."
Sur la journée du 28 juillet 1830, page 2223, livre XXXIII Chapitre 3
"Dans tous ces quartiers pauvres et populaires, on combattit instantanément, sans arrière-pensée: l'étourderie française, moqueuse, insouciante, intrépide, était montée au cerveau de tous; la gloire a, pour notre nation, la légèreté du vin de Champagne. Les femmes, aux croisées, encourageaient les hommes dans la rue; des billets promettaient le bâton de maréchal au premier colonel qui passerait au peuple; des groupes marchaient au son d'un violon, C'étaient des scènes tragiques et bouffonnes, des spectacles de tréteaux et de triomphe. On entendait des éclats de rire et des jurements au milieu des coups de fusil, du sourd mugissement de la foule, au travers des masses de fumée. Pieds nus, bonnet de police en tête, des charretiers improvisés conduisaient avec un laisser-passer de chefs inconnus des convois de blessés parmi les combattants qui se séparaient."
Sur les assemblées du type chambre haute (sénat, chasmbre des pairs ....), page 2238, livre XXXIII Chapitre 7
"Les assemblées aristocratiques règnent glorieusement lorsqu'elles sont souveraines et seules investies de droit et de fait de la puissance: elles offrent les plus fortes garanties; mais dans les gouvernements mixtes, elles perdent leur valeurs et sont misérables quand arrivent les grandes crises.... Faibles contre le roi, elles n'empêchent pas le despotisme; faibles contre le peuple, elles ne préviennent pas l'anarchie. Dans les commotions publiques, elle ne rachètnet leur existence qu'au prix de leurs parjures ou de leur esclavage. La chambre des lords sauva-t-elle Charles Ier ? Sauva-t-elle Richard Cromwell, auquel elle avait prêté serment ? Sauva-t-elle Jacques II ? Sauva-t-elle aujourd'hui les princes de Hannovre ? Se sauvera-t-elle elle-même ? Ces prétendus contrepoids aristocratiques ne font qu'embarrasser la balance, et seront jetés tôt ou tard hors du bassin. Une aristocratie ancienne et opulente, ayant l'habitude des affaires, n'a qu'un moyen de garder le pouvoir lorsqu'il lui échappe: c'est de passer du Capitole au Forum, et de se placer à la tête du nouveau mouvement, à moins qu'elle ne se croie encore assez forte pour risquer la guerre civile."
Sur la diffusion des idées nouvelles, p 2729, livre XL Chapitre 1
"Les rois croient qu'en faisant sentinelle autour de leurs trônes, ils arrêteront les mouvements de l'intelligence; il s'imaginent qu'en donnant le signalement des principes ils les feront saisir aux frontières; ils se persuadent qu'en multipliant les douanes, les gendarmes, les espions de police, les commissions militaires, ils les empêcheront de circuler. Mais ces idées ne cheminent pas à pied, elles sont dans l'air, elles volent, on les respire. Les gouvernements absolus, qui établissent des télégraphes, des chemins de fer, des bateaux à vapeur, et qui veulent en même temps retenir les esprits au niveau des dogmes politiques du XIVème siècle sont inconséquents; à la fois progressifs et rétrogrades, ils se perdent dans la confusion résultante d'une théorie et d'une pratique contradictoires. On ne peut séparer le principe industriel du principe de liberté; force est de les étouffer tous les deux ou de les admettre l'un et l'autre. Partout où la langue française est entendue, les idées arrivent avec les passeports du siècle."