Les femmes ont des yeux, des cheveux, une peau, des idées, des jambes, un sexe, une date de naissance, des hommes dans la tête, un problème avec Isaac Newton, de petits poudriers qu'elles sortent de leur sac, et le pouvoir d'arrêter les voitures... Il fallait sans doute le regard d'un homme pour s'en rendre compte. Dominique Quessada est philosophe et écrivain. Il regarde ce qu'il y a pour lui de plus mystérieux et de plus proche à la fois : les femmes. Ce livre s'adresse à elles, mais il peut aussi servir de guide à l'usage des aveugles, sourds et malentendants : les hommes.
1/5 : Et franchement, si je pouvais mettre moins, je le ferais.
Ce n’est pas la plume que je critique ici, mais le fond, le contenu et l’angle profondément problématique de ce livre.
J’ai découvert Le nombril des femmes dans un panier de livres de seconde main estampillé « lecture féministe ». J’y ai pioché du Simone de Beauvoir — valeur sûre — et je suis tombée sur celui-ci. Je me suis dit : tiens, curieux qu’il soit là. En lisant la quatrième de couverture, je me suis convaincue que ça devait être du sarcasme, une sorte de pastiche : un homme qui écrit sur les femmes pour d’autres hommes, forcément avec une distance critique, non ?
Eh bien non. Aucune ironie. Aucun second degré salvateur.
J’ai vite compris que le livre avait été très mal classé par les personnes qui l’avaient mis dans ce rayon. Il s’agit bel et bien d’une prétendue « ode aux femmes » écrite par un homme, depuis un point de vue exclusivement masculin, et surtout centrée sur lui-même.
Oui, le roman a été écrit en 2001, avant #MeToo. Mais le contexte n’excuse rien : le male gaze était déjà théorisé depuis longtemps, et le féminisme n’a pas commencé en 2017. Relu aujourd’hui, ce livre apparaît surtout comme un document très révélateur du regard masculin dominant de l’époque — daté, mais certainement pas innocent.
L’auteur utilise les femmes comme une catégorie homogène, universelle, figée. Quelques clins d’œil aux femmes lesbiennes qui veulent procréer entre elles, certes, mais uniquement pour expliquer — selon lui — que c’est probablement parce qu’elles haïssent les hommes et que c’est un « génocide par extension ». Donc encore une fois, tout tourne autour des hommes, comme c’est étonnant pour un auteur - homme blanc d’un certain âge.
Vous l’aurez compris maintenant, le titre est d’ailleurs une réelle imposture : ce livre ne parle absolument pas du nombril des femmes, mais du nombril des hommes. C’est du male gaze +++.
On est dans du : Les femmes aiment les bijoux. Les femmes aiment les collants, toujours près de leur corps. Et cerise sur le gâteau : une femme qui sort d’un taxi et laisse entrevoir sa culotte devient l’objet d’une obsession masculine pendant des jours — l’a-t-elle fait pour lui ? exprès ? pour d’autres ? — comme si tout geste féminin devait nécessairement avoir une intention sexuelle dirigée vers un homme. Mais oui, tout ce qu’on fait (et on respire) n’a rapport qu’avec toi cher Dom-Dom… continue à fantasmer mais si possible en gardant ça pour ton journal intime.
Bref : ce livre ne parle pas des femmes. Il parle du regard masculin sur elles, sans recul, sans critique, sans remise en question.
👉 Ne le lisez pas. C’est mauvais. 👉 En revanche, si vous voulez une démonstration concentrée et assumée du male gaze d’avant #MeToo, alors là, vous avez toqué à la bonne porte.