J’ai parcouru un recueil des Chroniques de Jean-Patrick Manchette, paru il y a quelques années chez Payot & Rivages. Il y a deux raisons pour lesquelles je ne serais pas allé chercher ce livre, si Isa ne me l’avait offert par surprise. La première est que je ne suis pas friand des convictions de blaireau gauchiste que l’auteur étale plus que de besoin. C’est comme au Père Noël, j’y ai cru, c’est fini, j’ai viré agnostique et le charme est rompu. La deuxième est que ces articles sont consacrés au polar, genre pour lequel je n’ai pas trop de mépris mais aucune attirance non plus. Connaissant quelque peu la réputation de Manchette, j’ai cru comprendre qu’il était assez prisé dans la réaquerie, entre autres pour la raison qu’il a traité loyalement l’écrivain très à droite ADG, sans cacher ses désaccords idéologiques, mais en reconnaissant ouvertement les qualités littéraires. Cela me laisse froid, j’ai du respect pour ADG mais je ne cours pas après ses romans. Mais il faut convenir que Jean-Patrick n’est pas dogmatique, il est d'ailleurs le premier à dénoncer la lourdeur du roman engagé de gauche, avec pauvres opprimés affectueux d’un bord et méchants riches fascistes pervers de l’autre. C’est appréciable. Au-delà des opinions politiques, la personnalité de Manchette, telle qu’elle se révèle dans ses articles, incline à quelque sympathie. C’est un critique littéraire cultivé, qui s’exprime avec entrain et clarté, sérieux sans se prendre au sérieux, capable d’auto-ironiser sur son propre «pathos marxoïdeux», et c’est un bibliophile pratiquant la chasse aux raretés, et sachant apprécier un index. Il a même ici et là une formule heureuse qui arrache un sourire, comme quand il évoque «la chute de ce qu’on appelait autrefois la culture – devenue ce qu’on appelle aujourd’hui la culture»… (26 XII 2009)