Lecture très utile pour démontrer par contre-exemple que les notes bibliographiques servent à quelque chose. Le monsieur cite des centaines et centaines de faits divers, certains effectivement impressionnants, en donnant ses sources de façon précise et facile à retrouver (du genre: Le Dauphiné Libéré, 14/10/2003). Par contre, dès qu'il s'agit de partir dans l'analyse de longue haleine, seul un nom de famille est mentionné. Donc, quand l'auteur relate un viol collectif en Seine-et-Marne, le lecteur qui voudrait vérifier la véracité des dires voit sa tâche grandement facilitée. Par contre, quand l'auteur affirme que la criminalité violente a été multipliée par 10 depuis le début du vingtième siècle, et que cette explosion date des années '60, il donne comme unique référence un patronyme, sans qu'on sache si cet individu était sociologue, criminologue, anthropologue, à quel moment il a vécu, lequel de ses travaux justifie l'affirmation pour le moins surprenante de Laurent Obertone, ni même si cette personne a jamais existé. (Mes brèves recherches sur internet ne m'ont pas permis de répondre à ces questions.)
L'intérêt des sources bibliographiques étant de permettre au lecteur curieux d'approfondir le sujet et de vérifier les dires de l'auteur, on peut légitimement se demaner à quel public Laurent Obertone désire-t-il s'adresser… Quelle espèce d'esprit critique étrange ressentirait le besoin de s'assurer qu'un viol collectif ait bien été commis le 14 octobre 2003, mais accepterait en toute confiance un décuplement de la criminalité dans les cinquante dernières années ?
Les premiers 3/4 du bouquin partent dans tous les sens, assènent en grand nombre des exemples de faits divers, certains extrêmement choquants, sans qu'on sache très bien où l'auteur veut en venir. Tout au plus nous répète-t-il que seul lui a le courage de documenter la réalité, tous les médias et les politiques préférant taire la violence brutale qui s'empare de la France depuis ces dernières décennies. Ceci sonne assez bizarre quand tous les épisodes violents qu'il relate ont été couverts par la presse, mais soit.
Il faut attendre le dernier quart du bouquin pour voir se dévelpper un début d'analyse, selon deux axes complémentaires : l'immigration a créé une société multiculturelle, et ces sociétés sont intrinsèquement violentes, et de plus le laxisme judiciaire encourage la récidive au lieu d'emprisonner les nuisibles.
Il y a une foule de contre-exemples à répliquer à cela : de nombreuses sociétés bien plus "multi-culturelles" que la France ont néanmoins une criminalité plus faible (ex: le Canada), et de nombreuses sociétés "mono-culturelles" sont presque des zones de guerre (ex: le Guatemala). D'autre part, si, toutes choses restant égales, la répression semble diminuer légèrement la criminalité, il y a toutes les raisons de penser que ce n'est pas non plus la réponse à tout, et certaines sociétés connaissent des taux de criminalité extrêmement faibles, bien en-dessous de la France, avec des peines judiciaires ridiculement faibles (ex: la Norvège.)
Je ne suis pas criminologue, et il est fort possible que mes exemples du Canada, du Guatemala et de la Norvège ne soient pas pertinents pour des raisons qui m'échappent. Mais rien dans le livre de Laurent Obertone ne traite même de cette question, car ses hypothèses ne sont même pas discutées, juste affirmées comme indéniablement vraies après un déballage de faits divers ayant eu lieu ces dix dernières années. C'aurait peut-être été plus sérieux de consacrer le bouquin entier à l'argumentation de ces deux thèses, plutôt que de dédier les 3/4 du volume à juste faire peur.
Plus sérieux, mais sans doute pas plus intelligent. Il est très clair que le livre ne s'adresse pas à ceux qui se posent honnêtement des questions sur la criminalité et les meilleurs moyens de l'endiguer. Pour ceux qui sont déjà persuadés que le problème se situe dans l'immigration et le laxisme judiciaire, ce livre est parfait pour les conforter dans cette hypothèse. C'est manifestement tout ce qu'on lui demande.