CN: violences sexuelles et domestiques
Ce roman a détourné un certain nombre d’attentes que j’avais, en tant que lectrice émerveillée du tumblr du même nom, lorsqu’on me l’a offert. J’ai été surprise par le ton naïf de sagesse enfantine du premier chapitre (même si bien sûr il correspond parfaitement à la narratrice qui est à ce moment-là encore une enfant), mais finalement, j’ai poursuivi ma lecture. Arrivée à un chapitre très dur, le livre s’est promené plusieurs semaines dans mon sac et j’ai cru que je ne serais pas capable de le finir, jusqu’à ce que je reprenne heureusement ma lecture. J’y ai finalement retrouvé les qualités qui m’avaient déjà attirées chez l’autrice : la sincérité et la générosité de sa perception du monde ainsi que le scandale un peu désemparé, un peu désespéré, à l'égard de la banalité de l’injustice des hommes et des autres (« c’est la vie, que voulez-vous »). À cet égard, j’ai apprécié la forme d’espoir amer exprimée par la conclusion du livre, qui nous rappelle pourquoi on est épuisées et pourquoi on peut encore se battre.
Dans ce roman, plusieurs histoires personnelles s’entrecroisent jusqu’à se joindre et s’éclairer les unes les autres. Elles sont traitées sur un ton proche du tragi-comique, animé par un sentiment de révolte communicatif, plein d’empathie pour les origines de chacun-e et ce qui les pousse à certaines formes de cruauté, d’égoïsme et parfois aussi de noblesse, plein d’humour aussi, qui naît du contraste entre un monde rempli d’objets triviaux (ou peut-être juste d’objets qui paraissent maintenant pittoresques, d’une autre époque et d’une autre France), qui sert de décor à des personnages empêtrés dans leurs drames personnels. On aimerait pouvoir les aider à s’en sortir, on aimerait trouver la clé de ce monde qui n’est pas très logique, ou juste on aimerait les accompagner, prendre un mug et boire du thé chaud.