Parce qu'il a entendu une conteuse évoquer une légende vieille comme le temps, Silo abandonne sa riche famille et part à la recherche de Malakansâr, la mythique ville des dieux.Parce qu'il a découvert dans la glaise d'un marais une statuette d'une étrange beauté, Glévian le pêcheur se joint à lui, persuadé de rencontrer la femme idéale qui a servi de modèle au sculpteur.Et parce qu'elle est la propriété de Silo, l'esclave Mowo les suit, avec le secret espoir de retrouver son peuple méprisé mais détenteur d'une sagesse antique.Dans un climat de conte oriental, à travers les mers et les déserts, les bagnes et les villes-jardins, la triple quête de l'amour, de la vérité et de l'identité, un arc-en-ciel tendu entre les larmes du monde et le désir absolu.
Connaît-on Michel Grimaud ? Moi non, et je pensais pourtant connaître les noms de tous les auteurs majeurs de la fantaisie française des années 70, à défaut de les avoir lus.
Je suis tombé sur Michel Grimaud par l’entremise de Mauvais Genres, la merveilleuse émission de François Angelier sur France Culture. En fait Michel Grimaud n’existe pas. C’est le nom de plume d’un couple d’écrivains, Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse. Leur biographie lapidaire sur Wikipedia indique qu’ils ont tout fait ensemble : toute leur oeuvre littéraire, leur vie (ils étaient mariés) et leur mort (ils sont morts en 2011, à six mois d’intervalle).
Roman de l’adolescence – du moins, roman que j’eusse voulu lire en mon adolescence ! – Malakansâr rapporte le voyage initiatique de Silo, fils de parents riches, privilégiés, propriétaires d’esclaves, dont les récits d’une conteuse locale ont enflammé l’imagination. Rêvant de Malakansâr, cité si lointainte qu’on la croit mythique, il décide de s’enfuir à sa recherche. Il entraîne dans son sillage l’esclave Mowo appartenant à ses parents. Au cours de ce voyage qui l’emmène sur toutes les terres connues, il perd tout, devient un autre, croit se trouver, reperd tout et voit les pays les plus étranges, avant que son voyage ne connaisse un terme que je ne me résouds pas à dévoiler ici, moi qui d’ordinaire ne recule jamais devant un divulgâchage…
Michel Grimaud est ce que Serge Brussolo serait s’il avait du style. S’inscrivant dans la fantaisie, Malakansâr flirte inévitablement avec le cliché, pourtant parvient toujours à l’éviter. Au moment où le prochain rebondissement semble si prévisible, il prend un chemin de traverse. Vrai roman de l’errance et de l’exploration, sa langue est d’une poésie que je ne compare qu’à la trilogie Earthsea d’Ursula Le Guin. Je ne peux pas dire mieux.