Si Freud, le premier, a souligné l'inquiétante étrangeté de l'art, cette " histoire de revenants ", Beckett la met en scène. Sa fascination pour la mort et la décomposition des corps le rend proche des grands explorateurs du mal et de l'horreur, comme Bataille, Céline ou Artaud. Comme les leurs, ses textes sont l'expression d'un désastre intime et collectif à la fois, le nôtre, en ce XXe siècle finissant. De la drôlerie grinçante de ses premières oeuvres, à la beauté plastiques et musicale des textes-tableaux de la fin, Beckett invente l'écriture de sa résurrection.
Professeur à l’Université Paris Diderot, ancienne présidente du Collège international de philosophie, éditrice chez Gallimard des œuvres d’Antonin Artaud, Evelyne Grossman est spécialiste de théorie littéraire. Elle inscrit ses travaux au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse.
Bibliographie (extrait) : * Artaud / Joyce. Le corps et le texte (Nathan, 1996). * L’Esthétique de Beckett (Sedes, 1998). * Henri Michaux, le corps de la pensée, ouvrage collectif, (Farrago / Léo Scheer, 2001). * La Traversée de la mélancolie, éd. avec Nathalie Piégay-Gros (Séguier, 2002). * Artaud, "l’aliéné authentique” (Farrago / Léo Scheer, 2003). * La Défiguration. Artaud, Beckett, Michaux (Minuit, 2004). * Antonin Artaud, un insurgé du corps (Gallimard, coll. "découvertes", 2006). * L'Angoisse de penser (Minuit, 2008).