Objet délicat que cet animalumière, qui offre une poésie accueillante dans son lyrisme subtil et entraînant, et qui pourtant échappe à la prise : « [sa] famille est un poisson de rivière ».
Le livre s’ouvre avec une suite « sur la lumière » où on redécouvre ce mot, cette image, sous un nouveau jour. Puis le texte bifurque (ou se poursuit) vers une quête d’équilibre, de joie, entre la résistance à ce qui tente de nous assagir et le constat d’une paix déjà existante, présente depuis toujours dans le monde.
On retrouve avec bonheur la voix pleine d’élan de l’Antoine Dumas de Au monde. Inventaire, sa façon de montrer le « je » poétique constamment en risque, en remise en question, dans le fouillis de l’existence. Cohérente jusqu’au bout, la démarche de ce/tte poète inclassable l’amène à adopter des noms de plume variés, à opérer un glissement entre les genres. Glissement harmonieux et superbe, qui laisse la place à l’essentiel: le réel, les images. Là aussi, la frontière est poreuse.
« la lumière est la somme des états du monde, alluvions des désirs sans territoire et des pesantes peurs / un interrègne continuel de jours sans moisson où je me baigne dans la sculpture de tout, ma pensée comme un fjord de futur à incurver / dans mes côtes les sédiments de nos hantises, la trace de l’effort pendant l’ascension / pourquoi finirais-je cette phrase »
J'ai trouvé dans Animalumière un sentiment d'expansion qui se rapprochait de celui de Au monde (inventaire) - un de mes recueils préférés - avec toutefois une force d'évocation un brin plus pâle.
Dans ce recueil, gros coup de coeur pour la section "Lari"!
" Cueillir quinze constellations pour les thés d'hiver / cueillir six mois de conversation et moudre chaque jour en farine / mille moyens pour se garder lumineuses et terroristes au sein des villes " (p.65)
" La saison resserre ses dispositifs, mais nous avons ce silence artésien qui ne gèlera pas, nous avons nos rencontres sous le volcan / ailleurs les vivants se décomposent, j'écris ces poèmes comme on prépare le bois de chauffage " (p.66)
c'est la perfection. je le sais, car elle est indescriptible. elle fait taire et larmoyer. j'ai eu tort de sous-estimer névé dumas. la beauté jaillit en tout sens. pas n'importe quelle beauté ; c'est celle qui nous rappelle l'existence de cette petite bille qui roule sur les parois du cœur. c'est un.e amoureux.reuse qui se dévoile encore et encore après tant d'années à se côtoyer. c'est le printemps qu'on décide de ne pas prendre pour acquis, cette fois. c'est surtout le poème que j'aurais voulu écrire.
Une généalogie de la lumière. J’ai pas aimé mais pas complètement détesté non plus.
Mon passage +marquant : « fasciné et tropique je m'allonge de vent, en lenteur et le mésange est parlé dans toutes les langues / j'étouffe les flammes aux couchantes pour mieux sentir bouger la lumière en plein suicide, écouter la paix construire son chaos »